La France et les étrangers? Une histoire d'amour
Quelques pistes de réflexion alors que le Front National menace dans les sondages:
Ces dernières années, on a pu observer la mise en oeuvre d'un renforcement considérable des fonctions régaliennes de l'Etat français, sans doute pour compenser un affaiblissement progressif de sa capacité d'intervention dans le domaine économique. Armée, police, justice, ce que Bourdieu appelait la « main droite de l'Etat » a semblé être l'objet de toute l'attention des pouvoirs publics.
En ce qui concerne la « main gauche », santé, éducation, prévention, ces derniers temps furent plutôt une période de vache maigre du côté de l'Etat. La plupart des associations, et en particulier celles qui s'adressent aux personnes d'origine étrangère, ont vu leurs subventions baisser. Rien d'étonnant à cela, le milieu associatif n'ayant jusqu'à présent jamais été une clientèle privilégiée de la droite.
Ces dernières années, nous avons plutôt assistés, en particulier sous l'influence de l'actuel Ministre de l'Intérieur, à une surenchère sécuritaire permanente venant masquer les questions sociales par la mise en avant quotidienne de la nécessaire protection des biens et des personnes. En gros, le gouvernement, et en particulier Nicolas Sarkozy, se sont servis de la peur comme outil de gouvernance.
Dans ce contexte, les étrangers et les personnes d'origine étrangère (plus particulièrement maghrébines et africaines) ont été les premières victimes de ce type de politique. Ils ont servi de boucs émissaires bien commodes pour dissimuler l'impéritie de nos dirigeants et en matière d'adaptabilité de
Un exemple frappant, la loi de réforme du code de l'entrée et du séjour des étrangers en France et du droit d'asile (Ceseda) de Sarkozy et votée par le Parlement en mai et juin dernier. Elle est venue restreindre radicalement le droit au séjour pour les familles, les conjoints, les enfants, de toutes celles et ceux qui, ayant quitté pour des raisons économiques ou politiques leur pays d'origine, ont fait le choix et nous ont fait l'honneur, on n'insiste jamais assez sur ce point, de venir construire leur vie en France.
Une présomption de culpabilité pèse donc désormais sur la personne étrangère ou d'origine étrangère, soupçonnée d'être à la source de tous les maux du pays. C'est pour moi la meilleure preuve de l'accentuation dramatique de ce que les auteurs Sylvie Tissot et Pierre Tévanian dans un ouvrage du même nom avaient qualifié de « lepénisation des esprits ». Les premières victimes de ce phénomène ces dernières années ont été sans nul doute nos gouvernants. Souvenons-nous de l'épisode pitoyable de la loi sur les « aspects positifs de la colonisation », ou des gesticulations sur les bancs de l'UMP, lorsqu'il s'agissait d'expliquer les émeutes en banlieue de novembre 2005 : La polygamie bien sûr, le laxisme de parents démissionnaires, forcément d'origine maghrébine, et pourquoi pas le kebab ?
Autre texte qui s'adresse en priorité, n'ayons aucun doute là-dessus, aux filles et fils d'immigrés, la loi dite « prévention de la délinquance », actuellement votée à l'Assemblée nationale. Mettant le maire au centre d'un dispositif n'ayant de prévention que le nom, ce texte à la philosophie ultra-sécuritaire traite le phénomène délinquant comme s'il s'agissait d'une maladie, abandonnant toute approche sociale et éducative au profit d'un traitement policier et médicamenteux. Le maire est désigné comme le pilote en matière d'animation et de coordination de la prévention, selon une perversion totale de son rôle habituel. Il s'agit d'une « shérifisation » de sa fonction, sans doute chère à la philosophie sociétale de « Sarkozy l'Américain ». En bon néolibéral, seul compte pour lui les chiffres, les résultats. Une action de prévention qui nécessite du temps et de la sérénité loin des caméras ne correspond pas à son champ de vision. Soyons sur que les enfants d'immigrés, vivant dans les quartiers populaires, seront les premières victimes de ce texte à haute teneur démagogique et extrêmement dangereux pour les libertés fondamentales. La solution aujourd'hui n'est plus que de refuser à appliquer cette loi en tant que maire en prônant la désobéissance civile, comme pour les expulsions d'enfants scolarisés ou dans un autre registre les OGM. C'est la position défendue par Noël Mamère.
Depuis la marche pour l'égalité de 1983, en passant par les combats des sans papiers, le drame de Saint Bernard, les quelques régularisations sous Jospin jusqu'aux expulsions sous Sarkozy et au drame de Cachan, 23 années se sont écoulées et décidément j'ai l'impression que rien n'a changé pour les étrangers en France. Ou plutôt si, dans le mauvais sens.
Nous le voyons, en matière de législation, celle sur les étrangers, des plus complexes avec les multiples modifications de ces dernières années et des plus sécuritaires, constitue bien plutôt un frein à l'action sociale à mener en direction des personnes d'origine étrangère. Rien n'est fait pour faciliter la tâche des acteurs sur le terrain, bien au contraire.
Alors bien sur, aujourd'hui face à tous ses échecs de l'intégration à
Si bien sûr, sauf que ce discours n'est pas porté par nos politiques, pratiquant le hors sol permanent, mais par les acteurs sur le terrain, et notamment les associations.
Force est de constater que face à la démagogie et à l'impéritie de nos dirigeants concernant les étrangers en France, heureusement, heureusement que nous disposons d'un tissu associatif très riche. La législation ne fait plus du tout de place aujourd'hui à l'action sociale en faveur des personnes d'origine étrangère. Ce sont les associations qui ont pris le relais de l'Etat, si compté que l'Etat s'en soit déjà préoccupé. Prenons le contrat d'intégration mis en avant par le ministre de l'Intérieur. Il y est sans cesse réclamé des devoirs, mais qu'en est-il de la garantie des droits. Et oui, l'étranger doit par exemple maîtriser le Français. Mais comment peut-il accéder à ce savoir? L'Etat lui permet-il d'acquérir la grammaire et le vocabulaire français de base? Non. Si tout un réseau d'associations n'était pas là en permanence à faire du lobbying auprès des institutions et des parlementaires, la question du droit à la langue pour les étrangers serait par exemple totalement mise de côté.
Nos institutions sont bien heureuses de pouvoir sous-traiter à des associations toutes les questions d'action sociale en faveur des étrangers. Sur la question des droits fondamentaux par exemple, si des associations telles que
Face à la loi « immigration et intégration » est né à la fin de 2005 un groupement de toutes ces associations, appelé « Uni(e)s contre une immigration jetable », résolument opposé à ce texte constituant à ses yeux un recul des droits fondamentaux non seulement pour les étrangers en France mais par ricochet pour l'ensemble de la population. De nombreuses associations se sont ainsi données plus de force pour s'opposer à ce texte. L'UCIJ a fourni un travail d'expertise monumental qui a d'ailleurs beaucoup servi à certains parlementaires pour faire un travail d'opposition efficace au Sénat et à l'Assemblée. Le texte est passé quand même, mais avec quelques améliorations grâce à tout ce travail fourni.
Face aux multiplications des rafles et des expulsions d'étrangers irréguliers, qui n'épargnaient même plus les enfants scolarisés, est né ces derniers mois le Réseau éducation sans frontières (RESF). De simples citoyens ont décidé de se lever pour refuser que l'on puisse expulser des enfants, quelque soit la situation administrative de leurs parents. Par leurs pressions permanentes sur les politiques, les préfectures et les forces de police, ils ont permis partout en France d'éviter à des centaines de familles d'être expulsées. Par son action en dehors de toute influence partisane, si ce n'est son opposition frontale à la politique migratoire de l'UMP, malgré les accusations farfelues d'être un relais de la LCR, tout ça parce que Richard Moyon en est un ancien militant, RESF a réussi à mettre dans le débat public la question de la situation des étrangers irréguliers en dehors de toute manipulation politique, loin du SOS Racisme satellite du PS.
Ce sont les plus médiatiques, mais il existent des milliers d'autres associations se consacrant à l'action sociale en faveur des étrangers, pour leur apprendre le Français, pour les aider à trouver un logement, un métier, pour pratiquer les échanges, l'interculturalité, etc.
En matière d'action sociale, il faut rendre hommage, et un hommage appuyé, à toutes ces associations et ces hommes et femmes qui se battent tous les jours, la plupart du temps de façon bénévole, pour faciliter l'intégration des étrangers, pour les informer de leurs droits, pour les aider dans leurs démarches administratives, etc. C'est grâce à eux, et certainement pas grâce à nos dirigeants, soyons-en sûrs, que malgré tous les charters, les discours démagogiques et les scores du Front National,
De même, le Pacte relatif aux droits civils et politiques des Nations Unies de 1966 protège en France les personnes étrangères ou d'origine étrangère, ainsi que
adoptée par les Nations Unies en 1990 et entrée en vigueur en 2003 qui protège le mieux les étrangers, en France comme ailleurs. Malheureusement cette convention n'a toujours pas, 16 ans plus tard, été ratifiée par
Face à la dégradation des droits des migrants, les Nations unies ainsi que de nombreuses institutions européennes ou organisations de la société civile rappellent l'importance de cette Convention sur le droit des migrants. Le gouvernement français, qui prône un rôle accru des Nations unies dans les affaires internationales, ne devrait donc pas rester sourd à ces appels et va s’empresser, j’en suis sûre, de signer ce texte fondamental, bien entendu après les élections.
Alors on entend toujours "on ne peut pas accueillir toute la misère du monde!" C'est à chaque fois l'arme argumentative ultime en matière d'immigration. Effectivement, c'est bin vrai! Pis ça c'est de la réflexion. Oui, on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, mais de toute façon la majeure partie des étrangers dans le monde aiment la France pour y passer des vacances mais pas pour y vivre. Parce que la plupart du temps ils ne s'y sentent pas bien accueillis. L'immigration est un phénomène des plus complexes qui se traite d'abord sur le long terme, ensuite sur l'échelle européenne et internationale, certainement pas franco-française. Sur 19 réunions des ministres de l'Intérieur de l'UE consacrées à ce sujet, Sarkozy n'a participé qu'à deux d'entre elles depuis son entrée en fonction. C'est dire si entre communication et politique concrète il a fait son choix. Ensuite la question est simplement que la France doit: 1. Respecter ses engagements internationaux, relatifs notamment au droit d'asile 2. Appliquer l'égalité de droit entre toutes les personnes résidant sur le territoire. Voilà.
"Oui mais la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde!"
Oui j'ai compris. Pour la connerie en tous cas, la France est accueillante.