Face à la crise, Tombons les masques!
La crise financière historique que nous traversons actuellement nous donne enfin l’occasion d’apercevoir le véritable visage du système économique mondial, que nous connaissons en France sous le vocable de « mondialisation », et que nous subissons depuis bientôt trois décennies. La « croissance », la « sécurité », la « bonne gouvernance », etc., tous ces outils nécessaires à la propagation du néolibéralisme dans les têtes du bon peuple apparaissent aujourd’hui bien fades face à l’ampleur de la catastrophe, dont nous ne subissons pourtant que les prémices. Alors tombons les masques ! La gauche a une occasion historique de revenir en force au cœur du champ politique comme elle a su le faire en Amérique Latine, rompant définitivement avec ce libéralisme mortifère.
Or est-ce bien le chemin emprunté actuellement ? Le Congrès du PS approche, et l’on ne voit pas vraiment apparaître en ses rangs une nouvelle idéologie porteuse d’espoir. L’écologie, la décroissance, la décolonisation de l’imaginaire, toutes ses utopies qui semblent aujourd’hui urgentes à mettre en œuvre ont une occasion historique d’émerger enfin. Les écologistes et les altermondialistes ne devraient plus crier seuls dans le désert par les temps qui courent. Et pourtant…

L’insécurité pour oublier la lutte des classes
L'insécurité consiste en un sentiment d'anxiété que peut ressentir un individu ou une collectivité devant ce qui peut advenir. Peur quant au présent et peur quant à l’avenir. Le sentiment d'insécurité peut être individuel ou collectif, combinant danger bien réel ou imagination de celui-ci. Sa perception est affaire de subjectivité. Les éléments perçus collectivement comme angoissants varient d'un pays à l'autre, d'une période à l'autre, d'une catégorie de population à une autre, etc.
De nombreux acteurs politiques n’hésitent pas à surfer sur le sentiment d’insécurité, voire à le susciter, dans l'optique d’obtenir le soutien des populations sensibles à ce discours. Sentiment d’insécurité quant à son logement, à son emploi, à sa retraite, à sa santé, à la délinquance dans son quartier, la crainte d’un acte terroriste, etc. Les sujets enclins à susciter le sentiment d’insécurité sont nombreux aujourd’hui.
Des auteurs comme Frédéric Fappani font apparaître la notion de sentiment d'insécurité entre 1970 et 1980 : ce sont exactement les rapports Peyrefitte de 1977 et Bonnemaison de 1982 qui consacreront l’insécurité en France, parallèlement à la mise en place du premier plan Vigipirate en 1978 par Valéry Giscard d’Estaing alors que l’Europe connaît une vague d’attentats. L’insécurité est une manière de se saisir de la question de l'augmentation de délinquance, notamment dans les quartiers populaires, sans avoir à se prononcer sur les causes. Ne serait-elle donc pas une manipulation de l'Etat ?
L’insécurité est en effet une notion bien commode pour dissimuler la question sociale et les rapports de classes, dans une société de plus en plus inégalitaire : la France, qui n’a jamais créé autant de richesses, comptait par exemple, en 2006, 7,9 millions de personnes pauvres (si l’on définit la pauvreté, selon un critère européen, en dessous du seuil de 60% du revenu médian), soit 13,2 % de la population.
Dans un pays traumatisé par le chômage de masse, élément structurel de notre économie depuis le début des années 70, la peur du déclassement social frappe cependant toutes les couches de la population, pas seulement les plus pauvres. Cela provoque une peur de l’avenir dissuadant bien souvent les salariés de revendiquer de meilleurs salaires, déjà bien contents d’avoir un job. Leur frustration n’a plus qu’à être détourné et canalisé vers un bouc émissaire, l’autre, le différent, l’étranger, technique vieille comme le monde, par des hommes politiques, à droite, mais également malheureusement parfois, à gauche : l’étranger, l’immigré, le sans papier, celui qui serait responsable de tous les maux de la France. Les banlieues françaises brûlent ? C’est la faute à ces jeunes immigrés incapables de s’intégrer (nés en France, ils ne sont pas plus immigrés que le reste du pays). Le chômage augmente, c’est du à la pression démographique exercée par ces immigrés du Sud se ruant à nos frontières, etc.
Parfaitement exploitée par Le Pen à partir du début des années 80, cette technique de l’immigré bouc émissaire a contaminé progressivement tous les esprits au fur et à mesure que la droite pérorait et que la gauche renonçait. Ce phénomène est décrit par des penseurs comme Pierre Tévanian sous le terme de « Lepénisation des esprits » et a quand même amené Jean-Marie Le Pen à être présent au second tour des élections présidentielles d’avril 2002.
Aujourd’hui, en octobre 2008, Nicolas Sarkozy est président de la République française et pratique par le biais de son Ministère de l’immigration et de « l’identité nationale », dirigé par Brice Hortefeux, une politique inique de traque aux clandestins, faite d’enfermement et d’expulsion, dans la droite ligne de ce dont rêvait depuis bien longtemps le Front National. Ce n’est pour rien que son électorat a été véritablement siphonné par Sarkozy.
Le recul de l’Etat providence
Mais si l’Etat français consacre une telle énergie à traquer les immigrés, c’est parce qu’il a abandonné des pans entiers de sa souveraineté et de ses prérogatives parallèlement à l’imprégnation dans tous les esprits de l’idéologie néolibérale. Il reconcentre alors son énergie sur le peu qui lui reste, la sécurité. Depuis les années 80, on n’entend plus que cela, la nécessité du toujours moins d’Etat, dans l’industrie, dans l’éducation, dans la santé, dans la Poste, etc. Le moindre interventionnisme de l’Etat est perçu depuis la chute du Mur de Berlin comme une velléité marxiste d’un autre âge.
De plus, la construction de l’Union européenne a provoqué elle aussi des transferts de souveraineté et donc un abandon de la marche de manœuvre de nos dirigeants. Si cela avait été effectué pour une Europe soucieuse des inégalités sociales, il n’y aurait pas de problèmes, mais malheureusement, d’ailleurs non sans raison, les citoyens perçoivent de plus en plus l’UE comme une prédatrice de prérogatives françaises, non pas au profit d’un continent plus solidaire, mais bien plutôt d’un grand marché européen dont les seuls bénéficiaires semblent être les multinationales. Le non au référendum sur le traité constitutionnel de mai 2005 n’est que la conséquence de cet état de fait.
L’Etat se dépouille progressivement de ce que Pierre Bourdieu nommait la « main gauche », santé, éducation, services à la personne, pour se concentrer sur ses fonctions régaliennes, armée, police, justice. Et encore, l’armée française se plaint de la vétusté des matérielles, la police réclame sans cesse une augmentation d’effectifs, confrontée à des populations soi-disant de plus en plus violentes, les juges quant à eux débordent sous les dossiers, devant appliquer une politique de plus en plus répressive sans moyens supplémentaires, etc. Dans les faits donc, même les fonctions régaliennes de l’Etat français se « tiermondisent ». Mais dans le discours politique ambiant, seules celles-ci semblent revêtir une importance autre que comptable. Pour les profs, les infirmières ou la sécurité sociale, tout ce qui compte par contre, c’est la lutte contre les déficits.
Nos hommes politiques ont très bien compris cela et savent parfaitement que leur seule marche de manœuvre dans la sphère publique concerne les fonctions régaliennes. Lorsqu’ils veulent agir sur l’économie, après avoir fait cadeau au privé pendant vingt ans de toute la richesse publique française (souvenons-nous par exemple de Thomson cédé au privé par Juppé en 1997 pour 1 euro. Ironie de l’histoire, aujourd’hui l’action en bourse de Thomson vaut moins d’un euro), nos élites vont alors pantoufler dans le privé. Pour revenir au centre de l’échiquier politique, ils doivent ensuite se concentrer sur la « main droite » de l’Etat, celle des fonctions régaliennes.
C’est ce que Sarkozy a parfaitement intégré. Après sa traversée du désert entre les présidentielles de 1995 et celles de 2002, il revient dans le jeu en obtenant le ministère de l’Intérieur. Il va alors surfer sur l’insécurité, multipliant les passages au 20h et devenant la personnalité française la plus médiatisée de tous les temps, avec plus de 4000 passages télé en dix ans, soit plus d’une fois par jour en moyenne sur dix années !
Instrumentalisation de l’immigration, provocation dans les banlieues, vocable « racaille » craché avec mépris à la face des habitants des quartiers populaires, sur la dalle d’Argenteuil, un soir d’octobre 2005. S’en suivront, après la mort de Zyed et Bouna, 17 et 15 ans, électrocutés dans un transformateur électrique où ils s'étaient réfugiés pour échapper à un contrôle de police, des émeutes urbaines violentes dans une grande partie des banlieues françaises. Nos élites viendront ensuite pérorer à la télévision les raisons à cela : Finkielkraut, censé être un « intellectuel », ira ainsi invoquer la polygamie comme phénomène explicatif des émeutes (pourquoi pas les kebabs ?). Et on connaît la suite, Sarkozy, quand même en grande partie responsable de ces émeutes, surfant sur la peur des autres, de ces « nouveaux barbares », se fera élire Président de la république en mai 2007, ayant récupéré toutes les voix du Front National.
Ces jeunes des banlieues ne sont pourtant que les nouvelles « classes dangereuses », comme les ouvriers au 19ième siècle, ceux qui subissent le plus durement le système, qu’ils soient exploités comme hier ou oubliés et marginalisés comme aujourd’hui. En 1871, les journaux dominants de l’époque décrivaient les partisans de la Commune de Paris comme des barbares, des fous sanguinaires, sans aucune volonté politique si ce n’est tout détruire. Pareil pour les jeunes de novembre 2005. Pourtant dans les deux cas, il s’agit d’un sentiment de révolte diffus qui finit par entraîner le passage à l’acte par une exacerbation du sentiment d’injustice, en l’occurrence la mort de deux innocents et les provocations d’un ministre de l’Intérieur pour le second cas.
Quand la gauche renonce…
On aurait alors aimé entendre à ce moment là la gauche remettre en avant la question sociale, le phénomène d’exclusion vécu dans ces quartiers face à une autre marge de la population qui s’engraissait avec l’accélération de la globalisation financière : enrichissement incommensurable de quelques uns face à la dégradation des conditions de vie dans les pays du Sud et les quartiers relégués des pays du Nord. Mais non, le PS continuait de courir après la droite sur le terrain de l’insécurité. Sa « nécessaire » mue idéologique passait par l’inclination devant le « divin marché » et la croissance. Et face au renoncement économique, ne reste plus que la lutte contre l’insécurité, mais « de gauche » (c’est quoi, une matraque en peau de zibeline ?), pour traiter la question sociale.
Depuis 1983 et le tournant de la rigueur, les socialistes ont abandonné la notion de lutte des classes.
Mitterrand déclarait alors « la lutte des classes n’est pas pour moi un objectif ». Lui qui s’était précisément fait élire sur des discours virulents contre les riches pour siphonner l’électorat du PC. Sauf qu’en 1984, le chômage augmente de 25% et que durant l’hiver 1985, Coluche, face à l’inaction de la gauche au pouvoir, ouvre les Restos du Cœur pour soulager les exclus des premiers balbutiements en France de la Globalisation financière qui met à bas l’Etat Providence. Réélu en 1988, Mitterrand et ses amis socialistes vont continuer à « mettre du Mercurochrome sur une jambe de bois » (dixit Coluche), tentant par quelques mesurettes de pallier aux effets les plus dévastateurs du néolibéralisme mondial (relayé alors par les institutions de Bretton Woods et les fameux plans de réajustement structurel du FMI, et par deux ambassadeurs de choc, Margaret Thatcher et Ronald Reagan).
Les ouvriers, chômeurs et classes populaires, oubliés par les Socialistes, renoncent au vote où vont vers le Front National, seul parti leur adressant désormais la parole.
Entre 1997 et 2002, lorsque la gauche revient au pouvoir, elle privatise plus d’entreprises que sous Balladur. Elle a cette fois-ci complètement renoncée. On sait ce qu’il advient, elle n’est même pas présente au second tour des élections de 2002. Et au lieu d’opérer enfin une mue idéologique non pas pour céder aux sirènes du tout marché mais pour proposer une nouvelle grille de lecture du monde, telle qu’issue par exemple des mouvements altermondialistes qui donnent de la voix depuis 1999, la gauche préfère culpabiliser les électeurs.
Et aujourd’hui, et bien le parti socialiste est encore « à contresens sur l’autoroute des idées » (François Ruffin). Alors que toutes les bourses s’effondrent, Delanoë, lancé à la conquête du PS, se proclamait, très fier de lui, « libéral », au printemps dernier. Manuel Valls voulait abandonner le nom de « socialiste » pour soi-disant, comme si c’était l’urgence tant attendue par le petit peuple, « réconcilier les idées de gauche et le marché ». C’est vrai que lorsque Dominique Strauss-Kahn, aujourd’hui directeur du Fonds monétaire international, était ministre de l’économie et des finances entre 97 et 99, nous vivions sous domination des Soviets. C’est au contraire lui qui contribua à enterrer définitivement toute idée socialiste au sein du PS concernant l’économie. Le deuil du socialisme est fait depuis longtemps au PS. Ségolène Royal quant à elle, ancienne candidate malheureuse face à Sarkozy, prône depuis la campagne présidentielle l’ouverture au Modem, c'est-à-dire au centre droit.
Le plus drôle, c’est que dans le même temps, de l’autre côté de l’Atlantique, des personnalités telles qu’Alan Greenspan, ex directeur de la FED, ou encore Lawrence Summers, 71e secrétaire au Trésor américain entre 99 et 2001, pas vraiment des gauchistes patentés, commencent à douter des bienfaits de la totale dérégulation. Les Socialistes français prennent le train en marche dans le dernier wagon alors qu’il s’apprête à heurter le mur de plein fouet. On aurait pu souhaiter pour la gauche d’un pays comme la France, si souvent révolutionnaire au cours de son histoire, un peu plus de clairvoyance et de sens critique.
Les Socialistes n’ont-ils pas remarqué que de l’autre côté des Alpes, leurs amis, qui se sont proclamés démocrates et non plus socialistes après leur ouverture au centre, se sont pris une « branlée » monumentale aux élections d’avril 2008 ? Ce pourtant par une personnalité aussi ridicule et caricaturale que Silvio Berlusconi, englué dans les affaires jusqu’au cou et ayant gouverné déjà deux fois l’Italie sans avoir laissé un souvenir impérissable. La seule leçon à tirer de tout cela, c’est que lorsque la gauche court après la droite, elle perd, notamment sur le thème de l’insécurité. Celle-ci, et il faut le marteler sans cesse, n’est que le paravent, le cache-sexe, de la question sociale.
Le dogme croissanciste
L’autre paravent, masque bien pratique pour dissimuler les inégalités sociales, c’est la sacro-sainte CROISSANCE. Les parts du gâteau ne sont pas équitables ? Grossissons le gâteau à l’infini. Or, et personne ne nous l’explique jamais dans les médias dominants, comment base t’on un système économique sur une croissance infinie sur une planète aux ressources finies ? Posez la question à Elie Cohen et il vous regardera avec de grands yeux genre « qu’est-ce que c’est que cet ahuri ? Un Bolchevique sans doute !».
Les économistes libéraux parlent du fameux trickle-down effect : en créant toujours plus de richesses d’abord captées par les classes supérieures, celles-ci seront ensuite redistribuées du haut vers le bas de la société de façon automatique, comme par magie. Sauf que les riches sont de plus en plus riches et les pauvres de plus en plus pauvres, et toujours aussi nombreux. Un rapport du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) de 2005 estimait que les 50 plus grandes fortunes du monde gagnaient alors plus que les 416 millions de personnes les plus pauvres. Pour celles-ci, les effets positifs de la croissance se font encore attendre, alors que les négatifs, réchauffement climatique et dégradations environnementales (pollutions des sols, des eaux, sécheresses, perte de biodiversité, etc.) sont de plus en plus perceptibles. Par exemple, un habitant lambda du Bangladesh reste toujours aussi pauvre mais a de plus en plus souvent les pieds dans l’eau.
Comme le dit George Monbiot, journaliste et universitaire britannique spécialiste de l’environnement, « les gouvernements adorent la croissance parce qu’elle les dispense de s’attaquer aux inégalités ». Henry Wallich, ancien gouverneur de la Réserve fédérale américaine entre 74 et 86, tient le même discours : « La croissance est un substitut à l’égalité de revenu. Tant qu’il y a de la croissance, il y a de l’espoir, et cela rend tolérables les grands écarts de revenus. » « La croissance est un sédatif politique qui étouffe la contestation, permet aux gouvernements d’éviter l’affrontement avec les riches, empêche de bâtir une économie juste et durable ». Là encore, ce n’est pas un gauchiste invétéré qui s’exprime. Une trace de ce type de propos dans les motions socialistes pour le Congrès de Reims ? Une seule, dans la motion Utopia, prête pour la décroissance, mais qui risque au mieux de faire 5% et qui sera donc absente de l’exécutif PS pour les années qui viennent.
Et pourtant, pourtant l’actualité n’a jamais autant donné raison aux partisans d’un changement de système économique. Alors pourquoi pas l’écologie et la décroissance ?
Une occasion historique
Toute la planète finance s’effondre, les multiples mises en garde des altermondialistes qui depuis des années criaient seuls dans le désert se vérifient, les penseurs les plus libéraux découvrent tout d’un coup les vertus de l’interventionnisme étatique, etc. Il faut « refonder le capitalisme » sur de bonnes bases, rien que cela. Nicolas Sarkozy a beau jeu maintenant de prendre la posture du chef d’orchestre de la refonte du capitalisme et du retour de l’Etat, lui qui prône depuis des années l’adoption en France du libéralisme anglo-saxon. Il faut garder à l’esprit qu’il y a encore quelques semaines, son gouvernement proposait un texte pour dépénaliser le droit des affaires et donc permettre aux financiers de jouer notre argent avec encore plus de facilité. Et aujourd’hui François Fillon refuse de financer le sauvetage des banques par l’augmentation des impôts (qui toucherait d’abord les plus nantis). Il préfère grever le déficit : tout le monde paye pour l’irresponsabilité de quelques uns qui par ailleurs s’en sont mis plein les poches ces dernières années.
320 milliards d’Euros, oui 320 milliards, c’est la somme débloquée par l’Etat français sous présidence Sarkozy pour sauver les banques, dont 10,5 milliards injectés immédiatement pour soulager les six grandes banques françaises ! Et ce n’est que le commencement. Comparaison n’est pas raison, certes, mais mettons à côté de ce chiffre celui du trou de la sécu, 15 milliards prévus en 2009, servant à justifier en permanence les déremboursements de soins (dentaires, optiques, frais d’hospitalisation, etc.), ou encore le budget de l’éducation nationale, 58 milliards d’Euros pour 2008, 19 milliards de moins qu’en 2007, et 13 500 postes de profs supprimés l’année prochaine, toujours pour raison budgétaire. Dernier chiffre : 10 milliards d'euros, c'est exactement le montant nécessaire pour éradiquer la faim dans le monde, selon une estimation des Nations Unies.
On le voit, la priorité de l’Etat français aujourd’hui, ce n’est ni la santé de nos concitoyens, ni l’avenir de nos enfants, mais le sauvetage d’un système économique libéral complètement fou. La machine infernale s’est autodétruite, ce phénomène ayant accéléré ces dernières années par l’impéritie d’une poignée de financiers rapaces dont la majeure partie de nos dirigeants, français et européens, partage encore aujourd’hui le même prisme idéologique (celui du libre échange).
L’économie réelle commence juste à subir les premiers effets de la crise financière. Dans les mois qui viennent, 20 millions de personnes risquent de se retrouver au chômage dans le monde (chiffre du directeur du Bureau International du Travail - BIT.) Précarisation accrue au Nord, multiplication des émeutes de la faim au Sud, nous ne sommes plus dans l’urgence mais dans la bérézina.
Les mouvements de résistance à la globalisation financière, écologistes et altermondialistes, n’avaient jamais encore vu leurs constats critiques sur l’économie s’avérer, malheureusement, aussi justes. Ce n’est pas pour cela qu’ils sont plus entendus. Bien au contraire, ce sont exactement les mêmes acteurs, pompiers pyromanes, qui mettent leur casquette à l’envers pour prôner aujourd’hui ce qu’ils réfutaient hier, disons pour faire vite l’intervention de l’Etat et le retour du secteur public sur la scène internationale. Et les Nicolas Baverez, Elie Cohen, Jacques Attali et autre essayiste de salons, qui nous bassinent depuis des lustres avec la nécessité du tout marché, sont les mêmes aujourd’hui qui, sans honte aucune, nous vantent les vertus de l’Etat. Mais « qu’on leur coupe la tête ! » pour citer la Reine de Pic dans Alice au Pays des Merveilles. Foutez-nous la paix !
Allons nous encore écouter longtemps les mêmes vieilles badernes radoter sur nos ondes et dans nos journaux la nécessité de nous adapter à ce monde libéral qui n’a plus aucun sens. L’argument budgétaire pour freiner les avancées sociales, c’est fini ! Quand on trouve 320 milliards en 24h pour sauver des banques, on est en mesure de trouver des sous pour tout le reste.
Alors saisissons cette occasion historique : parlons écologie, parlons décroissance conviviale et solidaire, parlons partage des ressources naturelles entre le Nord et le Sud. Cela n’a plus rien d’utopique quand les soi-disant « réalistes » libéraux nous foutent en l’air la planète. Et s’ils ne veulent toujours pas nous écouter, il va falloir les pousser vers la sortie avec un coup de pied au derrière.
Pour citer Jean Jaurès, un socialiste qui lui n’a jamais renoncé : « ce que la vie m’a révélé, ce n’est point l’idée socialiste, c’est la nécessité du combat. » Alors battons-nous !
Le rassemblement des écologistes de tous bords est une première étape pour peser face à tous les partisans du productivisme qui se sont, s’en rendent-ils compte aujourd’hui, historiquement plantés. Cessons d’agrandir le gâteau, la planète ne le supporte plus, mais partageons-le enfin en parts égales car, comme le disait Gandhi, « il y a assez de biens en ce monde pour les besoins de tous, mais pas assez pour l’avidité de chacun. »