Ecologie et démagogie
Ca y est enfin! Tout le monde ne parle plus que d'écologie dans les médias. C'est à la mode et c'est tant mieux. Il était temps! Il est juste un peu dommage que les journalistes aient attendu la candidature éventuelle d'un présentateur télé vendeur de shampoing (mais si vous savez? Ushuaïa) pour parler un peu d'écologie. Mais ça y est, c'est devenu un produit vendeur grâce à leur champion, Nicolas Hulot. Petit rappel historique: la première conférence mondiale sur le climat, où l'on commence à se rendre compte un peu partout de la catastrophe écologique à venir, a eu lieu en 1979. A cette époque, Hulot avait 24 ans et devait descendre le Zambèze en pagaïe. En tous cas, il était journaliste photographe pour l'agence SIPA et adorait déjà sans doute la nature, mais surtout pour pratiquer des sports extrêmes. A partir de 1987, c'est surtout pour gagner plein d'argent et partir en vacances toute l'année qu'il aime la nature, grâce à TF1 tout juste privatisée par son grand ami Jacques Chirac (dont il sera plus tard le conseiller, mais si, vous vous souvenez? "Notre maison brûle et nous regardons ailleurs", la grande phrase de Chirac. Et bien c'était Nicolas,... Hulot, pas la "ptite crotte").
En politique, c'est donc auprès de Chichi, mais oui l'ami des agriculteurs productivistes qui fouttent en l'air les nappes phréatiques de France, que notre héros actuel de l'écologie s'engage. Bon, il finira par refuser en 2002 le poste proposé par Chirac de ministre de l'environnement, sans doute trop lucide quant aux convictions réelles de notre président en matière d'environnement (aucune bien entendu. Il s'en moque Chirac, dans dix ans il ne sera plus là pour assister au désastre des crises environnementales). Comme quoi Nicolas Hulot a toutefois des convictions. Mais bon, il n'est pas le seul, et lui, contrairement aux autres, a gagné une belle petite fortune avec la nature.
Prenons en parallèle un autre personnage de l'écologie en France, René Dumont (photo): Né en 1904, agronome de formation, humaniste et tiers-mondiste, René Dumont, très en avance sur son temps, s'est présenté comme candidat de l'écologie en 1974, oui oui, en 1974!, juste après la mort de Pompidou, il y a 32 ans. Il fit alors un score de 1,32%. Il était résolument contre la guerre, contre le capitalisme, et soulignait en permanence l'absurdité d'un système économique basé sur une croissance exponentielle alors que les ressources naturelles terrestres sont limitées. Père spirituel de l'écologie politique en France, il fit des petits avec la création du parti des Verts, fondé par des militants écolos en 1984. Une des plus célèbres citations de René Dumont est la suivante: « Une croissance indéfinie est impossible, nous n'avons qu'une seule Terre, mais une civilisation du bonheur est possible. Les solutions existent, mais l'opinion les ignore car les structures actuelles et les détenteurs des pouvoirs économique et politique s'y opposent. »René Dumont est mort en 2001, et ses fils spirituels, militants des Verts en politique, des Amis de la Terre, de Greenpeace, de France environnement, etc., dans le monde associatif, ont repris le flambeau. Cela fait trente ans qu'ils nous alertent, trente ans qu'ils soulignent l'absurdité et la non viabilité de notre système économique de développement, trente ans qu'ils dénoncent les pollutions et la responsabilité des Etats et des multinationales dans la dégradation de notre environnement!!!
Et encore, c'est en France. En Inde, Gandhi soulignait dès les années 30 l'absurdité du mode de développement occidental basé sur une croissance infinie dans un monde aux ressources finies.
Alors Hulot a inventé l'eau chaude? Enfin l'eau froide, économie d'énergie oblige, en matière d'environnement? Et non, mais il est journaliste, homme d'affaires, avec sa marque et sa fondation Ushuaïa, et il a le mérite de parler d'environnement sans remettre en cause le système capitaliste. "Il est des notres quoi", se disent les journalistes. C'est un beau produit d'appel pour l'écologie.
Les Verts eux, ils sont chiants, austères, ils remettent en cause notre mode de vie. "Moins consommer", "plus consommer du tout". Ca va pas non! La décroissance? "Et pourquoi pas arrêter de rouler en voiture pendant qu'on y est?" (Le vélo, ça fait des gros mollets, et comme la plupart des journalistes des médias dominants ont déjà les chevilles qui enflent.)
En plus, ils se disputent tout le temps les Verts. Leur programme, plein de propositions concrètes, mais pointues, car l'environnement est un sujet sérieux mais complexe, et ben c'est chiant à lire, c'est long, c'est austère tout ça.
Mieux vaut s'affaler devant Ushuaïa avec une bonne bière, non? Puis Nicolas, il est pour le développement durable. On ne sait pas trop ce que c'est, mais au moins ça permet de continuer à fabriquer et à vendre des trucs, la bonne conscience en plus. Et puis il a un beau prénom, ça rappelle l'autre là, l'excité de Beauvau. Alors vive Nicolas Hulot, vive Ushuaïa, et après moi le déluge hein, comme d'hab?

C'est beau de voir comment tout se récupère en ce bas monde. Reste à savoir si dans l'impitoyable milieu médiatique français, l'écologie sera ou non un produit biodégradable. Personnellement, je voterai Dominique Voynet ou José Bové. Chez eux, l'écologie a le mérite d'être un combat, pas un produit. Mais voilà, ils n'auront pas droit au même barouf médiatique (ou un peu sans doute, pour les faire passer pour les "idiots utiles" du 21e siècle).
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