L'exécutif aime la liberté de la presse

Publié le par Ben

Si ce n'est un communiqué du syndicat autonome des journalistes repris par le site Acrimed, le milieu des médias a été particulièrement discret sur le cas de Raphaëlle Picard, jeune journaliste de l'AFP. C'est pourquoi je tiens à souligner cette histoire lamentable sur ce blog. Ce devrait être le travail de Reporters sans frontières, qui par ailleurs fait souvent un très bon travail sur l'international mais qui bien souvent, en matière d'affaires franco-françaises, est bien peu critique envers les pouvoirs publics.
Alors Raphaëlle Picard, âgée de 24 ans, jeune journaliste pigiste de l'AFP dans les Yvelines,  a couvert
l’opération de police ayant eu lieu dans le quartier des Musiciens aux Mureaux le 4 octobre dernier.
Et bien depuis maintenant un mois, à la suite de la diffusion de sa dépêche, elle est frappée "d'interdiction professionnelle" par la police et la justice du département des Yvelines.

Dans cette dépêche, Raphaëlle
a décrit en se conformant visiblement avec rigueur et honnêteté aux règles déontologiques des journalistes, "la colère des "perquisitionnés par erreur" dans une cité des Mureaux".
Ce reportage a valu à l’AFP de très importantes reprises dans les médias, régionaux comme nationaux. Il a simplement éclairé de la façon la plus objective possible les coulisses de l'opération spectacle menée aux Mureaux par l'excité de la place Beauveau.
Et voilà maintenant ce qu'il a valu à Raphaëlle Picard:

Cela a commencé par le directeur adjoint de la police départementale qui, à la sortie d’une conférence de presse, a accusé la jeune journaliste de « malhonnêteté intellectuelle ».
C'est ensuite le directeur de la sécurité publique, a qui Raphaëlle avait demandé un entretien, qui l’a accusée d’avoir « produit des faux témoignages qu’elle n’avait pas pris soin de vérifier... auprès de la police ».
Donc il faut demander à la police, aujourd'hui  en France en 2006, de valider les reportages. C'est gai. Un petit air frais de Biélorussie semble souffler sur notre pays en ce mois d'octobre.

Côté Justice, le procureur adjoint du parquet de Versailles a signifié à Raphaëlle que sa porte était désormais fermée et qu’il « ne voulait plus jamais collaborer » avec elle. « On a toute la direction sur le dos... », a-t-il également avoué.
Enfin, le directeur de la police judiciaire des Yvelines a surenchéri, avec carrément les menaces : « On va porter plainte... ». A ce jour, bien entendu aucune espèce de plainte n’a été déposée devant une quelconque juridiction.
Tout ceci bien sûr sous égide du ministère de l'Intérieur et de son chef qui ne supporte pas la moindre critique de sa politique policière démagogique et dangereuse.

Donc Raphëlle Picard et l'AFP n'ont plus aucune source officielle pour couvrir les informations dans le département des Yvelines.
La jeune journaliste, qui vient tout juste d'entrer dans le métier, risque sa carrière. J'espère qu'elle aura les épaules solides pour continuer à se battre quelle que soient les pressions officielles qu'elle subie. Au delà de son cas personnel, cette nouvelle ingérence de l'exécutif au sein d'une agence de presse est proprement scandaleuse. Peut-être que la profession, et notamment RSF dont c'est le sacerdoce, aurait pu afficher sa solidarité avec Raphaëlle et au delà son attachement viscéral à la liberté de la presse? Mais non, suis-je naïf. C'est bientôt les élections. Les journalistes aussi sont en campagne pour conserver ou obtenir les places privilégiées auprès du Prince (en l'occurence le petit excité de Beauveau). Et tant pis si ce comportement servil des médias français nous vaut les diatribes de la presse étrangère (voir article "vérité en deçà du périph, mensonge au-delà" paru dans le dernier Courrier international). Tout ceci est bien pitoyable.


Publicité

Publié dans Actualité Bin Jamin

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article