Yes, they did !

Publié le par Ben

Certes, Cynthia McKinney, candidate des Verts (ou plutôt « Greens ») n’a pas gagné l’élection présidentielle américaine du 4 novembre 2008. On pouvait en douter, non ? Doit-on pour autant faire les éternels écolos aigris et bouder notre plaisir ?

Mais d’abord avant de passer au cas de Barack qui intéresse tout le monde, un petit retour sur Cynthia :

Cynthia Ann McKinney (photo) est née le
17 mars 1955. Elue à la chambre des représentants des États-Unis avec l'étiquette du Parti démocrate à partir de 1993 et durant 12 ans, elle y représentait le 4e district de Géorgie. Après sa défaite en 2006 face à un policier au Capitole, elle a viré de bord pour se rapprocher des Verts américains, à tel point qu’elle est devenue leur candidate officielle pour l’élection présidentielle qui vient de se dérouler.

Cynthia McKinney est la première élue noire américaine du Congrès à avoir demandé une commission d'enquête sur les événements du 11 septembre 2001. Elle a également longuement enquêté sur la tragédie des Grands Lacs, dénonçant une politique étrangère américaine brutale et irresponsable en Afrique noire. Elle fut envoyée spéciale en Afrique du Président Clinton dans les années 90, l’ayant conduit en 2001 à l’organisation d’une table ronde sur l'attentat du 6 avril 1994 (avec des agents du FBI, des éléments de la CIA, des enquêteurs du Tribunal Pénal International et des témoins de l'attentat) qui avait provoqué la mort du président Juvénal Habyarimana et marqué le début du génocide rwandais.

Ces nombreuses prises de position courageuses lui ont surtout valu le fait d’être cataloguée par les observateurs de la vie politique américaine comme une « théoricienne du complot ». Il faut dire que d’après elle, 5 000 prisonniers avaient été abattus par le pouvoir après l'ouragan Katrina. Elle accusait également Jeb Bush, le frère du président, ancien gouverneur de Floride, de trafic de drogue avec la Colombie. En dehors de ces propos, qui peuvent d’ailleurs très bien relever de la manipulation, Cynthia avait comme piliers de son programme la justice sociale, la démocratie participative et la non-violence. Excellent programme ! Mais bon, l’en dehors du « politically correct » à l’Américaine garantit à coût sur le boycott médiatique.

Cynthia McKinney faisait partie des trois outsiders (avec Ralph Nader, l’éternel indépendant, et Bob Barr, le « libertarien ») capables de faire de la figuration à l'échelle nationale. A l’heure où ces lignes sont écrites, nous ne connaissons pas son score, mais ce qui est sûr, c’est que tout le monde s’en fout. En 2004, son prédécesseur, David Cobb, avait obtenu 120 000 voix (moins de 0,1 %).

Mais là, là, tous les espoirs de changement et les attentes d’une grande partie du peuple américain s’étaient focalisées sur la personne de Barack Obama. Et il a gagné ! De façon incontestable ! Autant en 2000, l’élection de Bush était sujette à controverse, autant là, rien à dire : Barack a obtenu 349 mandats de grands électeurs sur 538, contre 163 à son rival, selon des résultats non encore définitifs. Pour être élu, il devait en obtenir 270.

Dès cette nuit, des scènes de liesse ont éclaté dans tous les Etats-Unis, puis dans d’autres pays à travers le monde, notamment au Kenya, pays de la famille paternelle du nouveau président américain, où le président Mwai Kibaki a même décrété jeudi jour férié afin de célébrer « l'exploit historique » de Barack Obama.

A travers la planète, les alliés traditionnels de Washington, mais également certains pays hostile à l'hégémonie américaine, ont vu dans cette élection un signe de « changement et d'espérance ». La Chine et l'Inde, les deux grandes puissances émergentes, ont exprimé l'espoir que leurs relations avec la première puissance mondiale s'élèvent à « un nouveau niveau ». Le continent européen s’est réjouie à l’unanimité, Russie exceptée, celle-ci étant rarement enthousiaste sur les signes de manifestation démocratique qui semble fonctionner.

Le taux de participation quant à lui a atteint le chiffre record de 66%, ce qui peut paraître faible chez nous, mais qui est pourtant du jamais vu depuis 1908 aux Etats-Unis.

Barack dans le texte, lors de son 1er discours de Président des Etats-Unis devant ses partisans dans le Grant Park, au bord du lac Michigan, dans son fief de Chicago :

 

« Il a fallu longtemps. Mais ce soir, grâce à ce que nous avons fait aujourd'hui et pendant cette élection, en ce moment historique, le changement est arrivé en Amérique » […] « Si jamais quelqu'un doute encore que l'Amérique est un endroit où tout est possible, qui se demande si le rêve de nos pères fondateurs est toujours vivant, qui doute encore du pouvoir de notre démocratie, ce soir est la réponse ».

Tout est dit : ils sont forts ces Américains ! Un pays hier encore honni de la planète, détesté du Nord au Sud de l’Equateur, pour son impérialisme et ses guerres iniques en Irak et en Afghanistan, pour son hégémonisme et son orgueil vis-à-vis des autres pays, pour son système économique libérale appliqué par tout le monde et ayant amené à la crise actuelle, la plus grave depuis 1929, redevient le temps d’une élection le « phare devant guider le monde ». Attention tout de même à ce que sa lumière n’aveugle pas une nouvelle fois la plupart des gens. N’oublions pas que la doctrine de « la destinée manifeste » des Etats-Unis, idéologie quasi religieuse de la Nation américaine développée dès 1840 pour justifier le génocide des Indiens ou encore l’invasion du Mexique, guide encore la politique étrangère de ce pays, qui a toujours du mal à envisager les points de vue différents des siens.  

Sous Bill Clinton (1992-2000), qui était pourtant nettement plus apprécié que Georges W. Bush, n’oublions pas les guerres, n’oublions pas les plans d’ajustement structurels, n’oublions pas l’embargo irakien responsable de la mort de milliers de femmes et d’enfants innocents, n’oublions pas l’accélération du réchauffement climatique et de la diminution de la biodiversité, etc.

Alors certes, un garçon qui s’appelle Barack Hussein Obama, qui a 47 ans, qui est issu d’une famille somme toute modeste, avec un père kényan et musulman, qui est métis, allez, disons même noir, à la tête de la première puissance mondiale dès janvier prochain, c’est une sacrée revanche de l’Histoire, c’est un sacré symbole et c’est un sacré espoir pour des millions de gens à travers la planète.

Et c’est là le problème. Barack a été élu sur sa personne, et non sur son programme, démocrate et loin d’être révolutionnaire. Peut-être un peu trop d’attentes pèsent sur les épaules de ce garçon. Si la déception s’élève dans les mois qui viennent à la hauteur de l’espérance suscitée par Obama, attention à la « gueule de bois » et au retour de bâton.

Mais bon, pour le moment ne soyons pas bégueules et ne boudons pas notre plaisir. L’élection de Barack Obama est une sacrée bonne nouvelle en ces temps où les occasions de se réjouir politiquement se font rares. Déjà, il va enfin piquer la vedette à l’excité de l’Elysée et ça, ça va nous faire du bien pendant quelques semaines. Ensuite, avec ses talonnettes, notre « omniprésident » va faire bien pâlichon à côté du nouveau super héros américain.

So, now, in USA we will try to trust!

Et sinon une petite pensée pour Cynthia McKinney, que tous ceux qui ne connaissaient pas ont déjà oublié.  

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Publié dans Actualité Bin Jamin

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