Cancer sans pollution

Publié le par Ben

Le Jeudi 13 septembre au matin, un énième rapport sur les causes des cancers a été présenté à l'académie de Médecine. Très bien me direz-vous! Nous allons pouvoir avancer un peu sur cette terrible maladie qui tue au bas mot 150 000 personnes par an dans notre beau pays.

Etant moi-même porteur d'un lymphome B non Hodgkinien à grandes cellules, ou pour faire simple, cancer des lymphocytes, ou plus clair encore une bonne Sarkozyte aigüe (voir article plus bas), je me sens un peu concerné par ce précieux document. Et bien une fois traduit le jargon médical, qu'est-ce que j'y apprends? Que le tabac et l'alcool sont les deux principales causes de cancer en France. 29 000 décès par an dus au tabac chez l'homme pour 5 500 chez la femme. Jusque là rien de bien surprenant, la routine quoi.  Mais attention , c'est ensuite qu'il faut s'accrocher et ne pas s'étrangler: Comme le dit le quotidien gratuit 20 Minutes, ce rapport balaie notamment une "idée fausse", la responsabilité de la pollution dans l'apparition d'un cancer.

Circulez, il n'y a rien à voir! donc. Notre mode de vie hyperstressant, notre mode de consommation à outrance d'aliments bourrés d'émulsifiants et autres joyeusetés concoctées avec amour par nos firmes agroalimentaires hexagonales, la concentration urbaine et son lot de pollutions multiples, aériennes, sonores, psychologiques, les cours d'eau saturés de nitrates, Tchernobyl et ses petits tumulus radioactivus, etc. Tout cela n'est pour rien dans l'apparition exponentielle des nouveaux cas de cancers
.

"1% au plus des décès par cancer peuvent être attribués avec certitude à la pollution", indique le rapport. L'expression "avec certitude" prend ici toute son importance. Car en fait la moitié des cancers ont une cause "certaine", soit le tabac et l'alcool. Chez les non fumeurs, le taux de cancers d'origine inconnue atteint 85%.

Bravo l'étude médicale! En gros, le tabac et l'alcool tue, c'est de votre faute puisque c'est votre comportement individuel qui provoque la maladie. Par contre la pollution, du domaine de la responsabilité collective de l'ensemble du corps social, c'est 1% de sûr. Il reste donc au moins la moitié des cancers qui sont dépourvus d'explication.

Peut-être que le principe de précaution devrait entraîner la bande de joyeux chercheurs auteurs de cette étude à ne pas minimiser la pollution environnementale. Cela éviterait aux journalistes de 20 Minutes de parler "d'idée fausse" à propos de la responsabilité de la pollution dans l'apparition des cancers, puisque le phénomène ne peut pour l'instant être précisément quantifié.

Au sein même du corps médical, le débat fait rage, puisque par exemple le professeur
Dominique Belpomme, cancérologue, a réagi au rapport sur les causes du cancer en France, Et pour lui, la part de la pollution environnementale y est largement sous-estimée (voir l'article).

Alors qu'en penser? Depuis 25 ans, notre environnement ne cesse d'être dégradé par l'activité humaine. Et si le cancer est mieux soigné qu'avant (la mortalité par cancer a diminué de 13% entre 1968 et 2002), des cas comme le mien se multiplient chez les jeunes sans qu'aucune cause certaine ne puisse être mise en avant. Il serait donc prudent de ne pas balayer d'un revers de mains le facteur environnemental, ne serait-ce que par correction pour les premiers concernés, les malades, en expliquant, le doigt sur la couture du pantalon, que non en fait, il n'y a pas d'explication. A se demander si cette étude n'a pas été commandée par des multinationales.

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Publié dans Lymphomania

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