A quand l'écolo-prison en France?

Publié le par Ben

Alors que dans notre France sarkozyste les pouvoirs publics ne font qu'accentuer les mesures répressives tandis que nos prisons débordent (65 000 détenus pour 50 000 places), alors que l'excité de l'Elysée va jusqu'à envisager de juger les fous (la prison comme palliatif à l'hôpital psychiatrique, il fallait le trouver. C'est ce que l'on faisait dans notre beau pays sous l'ancien régime), au Nord de l'Europe, comme souvent, on a une longueur d'avance en matière d'incarcération, en se posant réellement la question de l'utilité de la peine. C'est ce que nous apprend le Courrier International de cette semaine dans ces fameuses pages "Insolites" (cela mériterait plutôt une rubrique "citoyenneté" d'ailleurs).

En Norvège, sur l'île de Bastoey, dans le ford d'Oslo, à 60 km au sud de la capitale, une prison d'un genre nouveau a vu le jour. Les 115 détenus qui y vivent, du petit truand à l'assassin récidiviste, ont droit à des maisons en bois sans barreaux, barbelés et autres miradors. Ils font de la culture et de l'élevage dans le but de les "responsabiliser, leur donner confiance en eux et leur apprendre le respect", comme l'a indiqué à l'agence Reuters Oyvind Alnaes, directeur de la "prison".

Mieux, toute leur production est totalement écologique: Les détenus s'occupent des 195 poules, 40 moutons et 20 vaches de l'île et font pousser des céréales, des haricots, des pommes de terre et des fraises, le tout 100% bio, les engrais et pesticides étant interdits de séjour sur Bastoey. Pas de tracteur non plus, puisqu'on laboure avec des charrues tirées par des chevaux. Les prisonniers recyclent tous leurs déchets et ont également aidé à l'installation de panneaux solaires.De plus, le ferry qui relie Bastoey au continent est géré par des prisonniers.

Une seule tentative d'évasion a été enregistrée ces six dernières années, selon M. Alnaes. Tout écart se traduit par un retour à la case prison traditionnelle. Bref, s'ils vivent en autarcie comme en prison, les détenus de Bastoey apprennent également à subvenir à leurs besoins et à vivre en communauté, ce dans une perspective écologique et de réinsertion.

Tandis qu'en France, la peine d'emprisonnement semble ne plus avoir d'autre sens que d'exclure des individus pour un temps de la société, ce de façon totalement improductive puisque, tous les experts en conviennent, les prisons françaises sont des machines à fabriquer de la récidive, en Norvège, cette expérience redonne tout son sens à la peine de prison (en photo ci-joint, un détenu avec une chèvre). Allier emprisonnement, réinsertion, responsabilisation des détenus, réapprentissage de la citoyenneté, autosuffisance alimentaire, et même éducation à l'écologie, il fallait le faire.

La loi sur la récidive votée par nos parlementaires UMP cet été devrait rajouter 10 000 détenus dans les années qui viennent au nombre déjà scandaleux de prisonniers qui débordent de toutes les prisons françaises, avec un taux d'occupation moyenne de 120%. Alors plutôt que de continuer à accentuer sans cesse la répression dans une volonté démagogique de ne prendre en compte que le point de vue des victimes, carressant ainsi l'opinion publique dans le sens du poil, il serait bienvenu de regarder du côté de la Norvège et de réfléchir à nouveau sur le sens de la peine, n'est-ce pas monsieur le Président?  Certes ce n'est pas forcément électoralement porteur, tout comme l'abolition de la peine de mort (même pour les pédophiles), mais c'est ce qui constitue l'essence même des grandes nations. Espérons qu'on aura lu le Courrier International cette semaine à l'Elysée.
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Publié dans Environnement

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