Adieu à l'homme qui a dit..."EEUUHHH!"

Publié le par Ben

Salut l'artiste! Du moins si l'on considère comme étant de l'art le fait de dire et de faire en permanence tout et son contraire. Alors ça y est! Chirac s'en va enfin, après 12 longues années passées au Palais de l'Elysée. Pour la première fois depuis 1981, Chirac ne se présentera pas aux élections présidentielles de mai prochain. Incroyable! Cet assoiffé de pouvoir comme la Ve République en a peu connu, si ce n'est Sarkozy, son fils rebelle, a enfin décidé de raccrocher les gants. Il nous l'a annoncé solennellement à la télévision hier soir, nous déclarant même sa flamme. Sur fond de drapeau français et de drapeau européen (beaucoup plus petit), le Président a ainsi déclaré :

«Cette France que j'aime autant que je vous aime. Cette France riche de sa jeunesse, forte de son histoire, de sa diversité, assoiffée de justice et d'envie d'agir. Cette France qui, croyez-moi, n'a pas fini d'étonner le monde».


Voilà, Chirac s'en va et Chirac nous aime. Nous sommes ravis de l'apprendre. Le discours était du Jacques Chirac pur jus, lyrique et gaulliste à souhait, mais tellement éloigné de la réalité.

Pourtant, toute la presse "institutionnelle" française s'est empressée de louer notre "grand" chef d'Etat, avec des articles particulièrement flagorneurs, tel le Parisien de ce matin qui soulignait le "panache" de Chirac. A l'étranger en revanche, la presse s'est montrée beaucoup moins tendre vis-à-vis de notre girouette nationale: Ainsi des Américains et des Britanniques, comme le
Daily Telegraph, quotidien de centre droit, qui a affirmé que si "les conventions demandent qu'on dise des choses gentilles sur les gens quand ils prennent leur retraite, il n'est pas facile de le faire dans le cas de Jacques Chirac". Le quotidien ajoute que Chirac "est charmant, inconstant, imposant, ayant fière allure et sans aucun scrupule." "Il a été, selon son humeur, un libre-échangiste et un protectionniste, un gaulliste et un atlantiste, un fédéraliste et un eurosceptique". "On dit qu'en démocratie, les peuples ont les hommes politiques qu'ils méritent. (...) La France méritait mieux", conclut ensuite le Daily Telegraph. Ca fait mal!

En fait que peut-on retenir des 12 années de présidence Chirac? Pour paraphraser Dominique Voynet, il n'y a que l'embarras du choix, entre la reprise des essais nucléaires français en 95; l'échec total de la réduction de la fracture sociale; la manipulation de l'insécurité à son profit puis au profit du petit excité du karcher; le grand écart entre les beaux discours sur l'écologie devant les Nations Unies, à Johannesburg et à New York ("Notre maison brûle et nous regardons ailleurs") et le soutien inconditionnel en France aux lobbying les plus pollueurs, dont les agriculteurs productivistes aux pratiques ayant entraîné la dégradation sanitaire de plus de 70% de nos nappes phréatiques; le "je ne vous comprends pas" lancé devant les étudiants qui ne voulaient pas de l'Europe qu'on leur proposait étant donné la précarisation croissante de leurs conditions de vie; la légion d'honneur épinglée sur le costard sanglant de Vladimir Poutine (la donner à Anna Politkovskaïa aurait été sans nul doute plus judicieux), l'invention d'un mot magnifique entré depuis dans le dictionnaire, "abracadabrantesque", pour désigner les "affaires" à l'époque du RPR, les augmentations des frais de l'Elysée de l'ordre de 700% pendant que les Français devaient se serrer la ceinture, etc.

Dans ce bilan quelque peu calamiteux, deux décisions sont tout de même à mettre à l'actif de Chirac: le refus d'engager la France dans la guerre en Irak, qui fut une décision très courageuse pour un petit pays de 60 millions d'habitants comme le notre. Si c'est Sarkozy qui avait été au pouvoir à ce moment là, de même qu'un socialiste d'ailleurs (on se souvient de Miterrand vis-à-vis de la première Guerre du Golfe), cela ne se serait sans doute pas passé de la même façon. L'autre grande action de Chirac, qui elle a eu une répercussion directe sur ma vie de même que sur celle de millions de jeunes, fut la professionnalisation de l'armée et la fin du service militaire. Voilà, c'est un peu maigre dans la balance pour douze longues années de pouvoir suprême.

Pourtant, je ne sais pas pourquoi, mais au vu de ce qui se présente à l'horizon, et malgré son bilan chaotique, je sens que nous allons le regretter d'ici peu notre Chirac national, et c'est très révélateur de la crise abyssale qui secoue actuellement notre pays. Bien qu'élu par et pour la droite, Chirac, contrairement à beaucoup de ses condisciples d'appareil, s'est opposé à Le Pen et aux thèses d'extrême droite. Or Sarkozy, celui qui se présente comme son successeur, a proposé la semaine dernière la création d'un "ministère de l'immmigration et de l'identité nationale", assimilant donc sciemment immigration et menace contre notre "identité", dans la plus pure tradition idéologique frontiste. Cela fait peur, très peur. Chirac avait des défauts mais on était loin de Pétain. Avec le petit, nous ne sommes plus surs de rien.

Qu'avons nous donc en face? Un ancien bègue des Pyrénées qui a toujours été de droite mais qui essaye de se faire élire par la gauche pour gouverner "au centre". La stratégie de "l'extrême centre". C'est très beau mais avec qui gouvernera-t'il le sieur Bayrou? Jean Peyrelevade, ancien PDG du Crédit Lyonnais à la grande époque, comme Premier ministre? Très bien, un grand patron (on voit mieux où sont ses amis), et ensuite? Raymond Barre? Aux fraises depuis un bon moment. Simone Weil? Elle a rejoint le nain de Beauvau (la traîtresse). Giscard? Ca c'est une bonne idée, place aux jeunes! Et le programme? Pas grand chose à se mettre sous la dent, si ce n'est l'exonération de charges pendant cinq ans pour toutes les petites entreprises qui embaucheraient deux salariés.

De l'autre côté, une énarque maîtresse d'école type troisième République, mais qui aurait décidé de faire parler tous ses élèves, à l'écoute, toujours à l'écoute, mais dont on attend les propositions originales (si ce n'est aller encore plus loin  que les autres dans la stigmatisation des jeunes de banlieues en leur proposant l'encadrement militaire), entourée de socialistes qui ont abandonné depuis longtemps leur idéologie de transformation pour se contenter de l'accompagnement d'un système économique qui court à sa perte (Quand est-ce que quelqu'un voudra bien m'expliquer d'ailleurs comment sur une planète aux ressources finies, on peut baser tout notre modèle sur la croissance infinie des biens et des services? Cf François Partant).

Umpistes, Centristes, Socialistes, ils sont tous pour la recherche de la plus grande croissance économique. C'est là que le bas blesse. Notre planète va mal, très mal, et il est plus que temps de freiner nos activités dévastatrices pour l'ensemble des espèces.

Mais bon, l'écologie c'est réglé il paraît, d'un simple clic sur le pacte de Nicolas Hulot. Pour le reste: pas de réflexions sur la culture, rien ou très peu sur l'Europe, rien ou très peu sur les relations internationales, etc. Ceux qui proposent des voies alternatives disparaissent de l'écran. Les Verts avec Voynet plafonnent à 2% et Bové fait à peine mieux. Le système est bien verrouillé entre gros lobbying appuyés par les médias et grands partis accumulant toutes les ressources symboliques, institutionnelles et financières à leur profit.

Alors voilà. Les élections présidentielles sont une mascarade démocratique dans un système tel que la Ve république et Chirac en fut le meilleur représentant, surtout après son élection de 2002.

Adieu donc Chirac! Tu nous auras bien berné. Je ne te dis pas merci pour mon vote de 2002 contre l'extrême droite alors que quelques mois plus tard Sarko débarquait à Beauvau pour appliquer des pans entiers du programme du FN. J'espère bien que l'on ne te regrettera pas. Malheureusement, j'ai des doutes là-dessus tellement le casting officiel proposé est calamiteux.

"Alea jacta est!" comme disait César.

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Publié dans La course au château

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K
on pourrait ajouter au bilan de chirac qu\\\'il a tout de même pas mal oeuvré pour la reconnaissance des heures noires de notre pays. vichy par exemple, ou le commerce triangulaire. Certes, ca peut paraitre facile, et on attend les actes,  mais pour l\\\'identité nationale, le fait de digérer et donc d\\\'admettre qu\\\'on s\\\'est conduit comme des monstres vis a vis de certaines communautés, c\\\'est peut être plus efficace qu\\\'un ministère a l\\\'immigration et a l\\\'identité nationale. Chirac c\\\'est sûrement pas un bon président, mais c\\\'est un Homme. Qualité rare à droite !
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