Le Rsa, « Reste Sans Argent »
« Le discours politique est destiné à donner aux mensonges l'accent de la vérité, à rendre le meurtre respectable et à donner l'apparence de la solidarité à un simple courant d'air ». Georges Orwell
A Droite, il fait avaler de travers, à gauche également, bien entendu pas pour les mêmes raisons. Cette dernière se veut de ne pas l’avoir inventé plus tôt, la première s’indigne que son chef à talonnettes, élu sur les promesses des baisses d’impôt, en sorte actuellement un nouveau par semaine.
Mais l’ensemble de l’échiquier politique (exceptée la « gauche juste avant les bombes » comme dirait Denis Robert, ou l’extrême droite dont on se fout de l’avis) semble d’accord sur une chose, « le RSA est une bonne idée.» Est-ce donc si vrai ?
Premier argument pour commencer, certes un peu démago mais ça fait du bien : toutes celles et ceux que l’on entend sur les ondes dire du bien du Revenu de Solidarité Active n’auront jamais à le toucher à la fin du mois.
Exemple : Martin Hirsch, grand gourou promoteur du RSA. Avec une allocation mensuelle de 12 795 euros, à laquelle il faut ajouter un accès gratuit au réseau SNCF (1ère classe), des quotas de déplacements aériens, une mise à disposition d'un parc automobile, des dépenses téléphoniques et de courrier, une voiture de fonction avec chauffeur et enfin un logement de fonction pris en charge par l'Etat d'une superficie maximale de 80 m² plus 20 m² par enfant à charge (autant dire un logement social), le Haut commissaire aux Solidarités actives contre la pauvreté n’aura sans doute jamais besoin du RSA en complément de revenu. Lui et ses collègues ministres, de même que les parlementaires, de droite comme de gauche, dithyrambiques sur le RSA, n’auront jamais à se soucier de fins de mois difficiles (à moins qu’ils aient été assez cons pour souscrire à un PEA, plan d’épargne en actions, « dynamique », comme disent ces escrocs de conseillers financiers, bientôt tous « subprimés »).
Une fois cela dit, arrêtons-nous donc tout d’abord sur les termes, « solidarité active ». C’est quoi le contraire, une solidarité passive ? On regarde les pauvres à la télé d’un air attendri ? Et que la collectivité verse un complément de revenus aux travailleurs précaires parce que le système économique est devenu tellement inique que travailler ne suffit plus à subvenir à leurs besoins élémentaires, ça c’est « actif » ?
« Solidarité active », ça ne veut rien dire ! La solidarité est une et indivisible, comme la laïcité. La solidarité est une démarche humaniste de personnes qui choisissent ou ressentent une obligation morale d'assister d’autres personnes. Elle existe en elle-même et n’a que faire d’adjectif lui collant au derrière. Elle est holistique, comme dirait les sociologues. De même que la laïcité, qui n’est pas « positive » (que signifie « laïcité positive » ? Comme dirait Christophe Alévêque « se faire mettre un doigt dans le cul par un curé en chantant la Marseillaise ? »).
C’est toujours la même méthode en Sarkozye : on prend un concept de gauche, la solidarité, ou la laïcité, on le saucissonne et on l’instrumentalise ensuite (la « bonne laïcité », la « bonne solidarité », comme s’il pouvait y en avoir des mauvaises). Et ces benêts du PS, au lieu de crier à l’imposture, courent derrière en se désolant de ne pas y avoir pensé plus tôt. Il ne faudra pas s’étonner après si François Bayrou devient Président en 2012 sur les cendres encore chaudes de la Rose, qui aura perdu définitivement ses épines.
Les termes mis à part, le Revenu de Solidarité active, c’est quoi donc ? Il s’agit d’une allocation qui vise à la fois à remplacer les minima sociaux existants comme le RMI ou l’API, allocation de parent isolé, et à se substituer à des dispositifs comme la prime pour l’emploi.
Le RSA, c’est censé être pour ceux qui ne travaillent pas un revenu minimum et pour ceux qui travaillent un complément de revenu. C’est du moins comme cela qu’on le présente au Gouvernement. La mise en place du RSA repose sur l'idée qu'une partie des chômeurs ne travaille pas car, bénéficiant de minimas sociaux assortis de droits connexes, ceux-ci n'ont pas intérêt financièrement à reprendre un emploi. C’est vrai qu’au chômage après un emploi au SMIC, situation déjà vécue par des millions de Français, on s’éclate par les temps qui courent.
On voit bien que les crânes d’œuf qui ont pondu ce type d’analyse partent déjà d’un à priori quant à une situation, la pauvreté, qu’ils ne connaissent qu’à travers les statistiques, mais certainement pas à travers des expériences personnelles (prouvez-moi le contraire ! Je ne demande que ça !
De plus, les RSAistes, comme les chômeurs indemnisés par l'Assedic, devront respecter les obligations définies dans leur projet personnalisé d’accès à l’emploi et ne pourront refuser deux offres «raisonnables» sous peine de sanction/suspension de la prestation. Le RSA, un bel outil pour surveiller et punir les pauvres.
Le RSA garantira pour l’instant un revenu salarial plafonné à 1.040 € par mois. Ouaouh ! Les pauvres travailleront donc plus, seront surveillés, mais resteront pauvres. Certes on fera baisser les chiffres de la « très grande pauvreté », en faisant gagner une centaine d’euros supplémentaires à des précaires pour les faire sortir des barèmes statistiques désobligeants pour le Gouvernement, mais ces personnes resteront soumises à un salaire de misère, à un temps de travail rallongé, et la collectivité paiera de plus le complément qui devrait être réglé par les entreprises. Plutôt que l’assistance généralisée, des salaires décents pour tous me parait être une revendication plus classique mais beaucoup plus logique.
Petite information, les entreprises ont reçu, en 2008, 65 milliards d'€ d'aides publiques, dont 32 milliards d’€ rien qu'en allègements de «charges» ou exonérations de cotisations. Ce chiffre est à comparer déjà avec le coût, 1,5 milliards d’€, du RSA. Qui sont réellement les plus assistés dans notre pays ?
Martin Hirsch semble oublier qu'aujourd'hui les salaires pratiqués sont de plus en plus bas et l'emploi de plus en plus précarisé. Comme dirait Gérard Filoche, «Un salaire, c’est un salaire, pas un soin palliatif». C’est là la question centrale. Mais tandis que les entreprises et leurs actionnaires, après s’être gavées de façon ignominieuse sur le dos des salariés, font aujourd’hui payer la note de leur impéritie aux contribuables (voir crise des subprimes et autre couillonnade libérale), le gouvernement fait culpabiliser les premières victimes de ce système suicidaire et leur balance des cacahuètes. Surtout que cette grosse cacahuète de RSA risque d’inciter les entreprises, voyant que la collectivité paye la note, à verser des salaires de plus en plus minables. La suppression du Smic est en marche et la droite en a parfaitement conscience. La gauche elle dit que « l’idée est bonne mais qu’il ne faut pas la faire payer par les classes moyennes », avec le prélèvement prévu de 1 et quelques % du Capital. Ignares ! L’idée est mauvaise !
Comme d’habitude, les bénéfices, c’est pour le privé (le blocage de l’augmentation des salaires avec le chantage au chômage), et les pertes (le RSA), c’est pour la collectivité.
Tout ceci pour le plus grand bénéfice des patrons. La preuve : en mars 1998, le président du CNPF (ancêtre du Medef), un certain Ernest Antoine Seillière, avait suggéré dans un entretien à la Tribune que l’Etat pourrait compléter le salaire que les entreprises régleraient « à hauteur de ce que peuvent payer les clients » par un, et les mots sont de lui, « revenu de solidarité ». Il manquait le mot « active ». Merci Martin Hirsch. Avec lui, finie la pauvreté. Vive la précarité pour tous !