Comment se réconcilier avec la France?

Publié le par Ben



Je ne sais pas vous, mais moi, il a tendance à m'énerver notre beau pays par les temps qui courent. Le racisme est à la mode. Ca, ce n'est pas nouveau. On se souvient déjà des badges "Touche pas à mon pote" dans les années 80, de la marche des Beurs, de la création de SOS racisme, de la montée du Front national parallèle à l'arrivée de la gauche de gouvernement, etc. Mais la République intègre tout le monde, attention. Pas de communautarisme. Par contre, plein de racisme. Mais il est sous-jacent, dissimulé, sophistiqué sous une couche de politiquement correct. On voue aux gémonies Le Pen et ses sbires, mais on pense un peu comme lui quand même. Tous ses noirs et ses Arabes, c'est pas facile hein? "Le Pen donne les mauvaises réponses aux bonnes questions" nous dit Fabius. On culpabilise quand même de penser comme le leader de l'extrême droite, surtout à gauche. Lui, trop content, parle de "Lepénisation des esprits". Le Pen déclare même, le 16/04/2002 sur France Inter:
"Les hommes politiques, les journalistes et les politologues parlent un langage qui n'est pas très éloigné du mien, quand il ne le recouvre pas, voire le dépasse. Je me suis normalisé puisque  tout le monde parle comme moi."

Si bien normalisé que 6 jours plus tard, le monstre est au second tour des élections présidentielles. L'hystérie sécuritaire et le racisme envers les populations des banlieues issues de l'immigration (Maghreb et Moyen-Orient, ne nous leurrons pas, avec l'Afrique subsaharienne en outsider) sont palpables dans tous les grands médias et dans les discours politiques de droite comme de beaucoup de socialistes (n'est-ce pas  monsieur Chevènement, le sauvageon de Belfort?). Non seulement peu de monde dans le landernau politico-médiatique semble avoir réellement tiré les leçons de ce traumatisme, mais trois ans plus tard on en rajoute.

Bon, ne revenons pas sur Sarko qui chasse sur les terres de l'extrême droite avec l'Elysée en ligne d'horizon. Il est bien plus mégalomaniaque que raciste. Ni sur Finkielkraut, le doxosophe comme dirait Bourdieu, philosophe de salon. Il squatte assez la télé, il ne va pas en plus squatter mon blog. Ce qui m'énerve le plus, c'est l'Assemblée: on se lache dans les rangs de l'UMP. Surtout après les émeutes en banlieue. Le racisme n'est plus sophistiqué et planqué sous le politiquement correct. Plus besoin de sociologie pour le découvrir entre les lignes d'un discours ou d'un éditorial. Il se fait direct, franc, même parfois bien beauf comme chez Mrs Accoyer et Larcher. Oui, le malaise des banlieues, c'est la faute à "la polygamie". Bien sûr! Non, "c'est à cause des rappeurs!" nous dit François Grosdidier, député UMP de Moselle. Et comme ça, il passe chez Fogiel pour se justifier.

Moi, j'ai une explication qui tient bien mieux la route: c'est la faute au kebab, et pis la sauce blanche aussi, on sait pas trop comment ils la font. Il y a de plus en plus de jeunes qui mangent des kebabs. Ils ne connaissent plus la bonne gastronomie. Alors ils brûlent des voitures, parce qu'ils ont du mal à digérer. C'est lourd un kebab.

Ah, les bonnes valeurs franchouillardes. Une seule question: Qui a voté pour ces beaufs qui siègent quand même à l'assemblée nationale? On se croirait plutôt accoudé au bar d'un PMU un dimanche matin. Enfin, l'interculturalité on en est loin. Bref ils m'énervent tous. Prendre un avion, partir découvrir d'autres peuples qui ouvrent leurs frontières et font preuve de curiosité, etc. Marre de la France.

Et puis ce week-end avait lieu le salon du vin, Porte de Versailles. Gratuitement, tous les plus grands crus de France et de Navarre s'offraient aux papilles gustatives des connaisseurs comme des néophytes. Ah, un verre de Lalande de Pommerol un samedi après-midi. Mon dieu quel pied! On ne trouve pas ça en Inde, en Equateur ou je ne sais où encore. Les dégustations faisaient oublier le froid du dehors et la connerie de certains de nos concitoyens. A faire absolument pour découvrir l'infini richesse de notre terroir viticole. Et on en apprend beaucoup sur les vins en interrogeant les exposants. 

Le dimanche,  nous sommes allés  écouter un des textes les plus géniaux de la littérature française, "l'arrivée en Amérique", dans "voyage au bout de la nuit" de Louis-Ferdinand Céline, lu par Luchini himself. Génial comme souvent. Première partie sobre, le texte, rien que le texte, par coeur. Ce type a une mémoire phénoménale. Et en deuxième partie, Luchini nous a fait son show, imitant Johnny, criant, se traînant par terre, partant en digressions interminables. Bref que du bonheur. Il a cassé l'allure un peu froide et snobinarde que pouvait avoir à priori l'écoute d'un texte de Céline au théâtre pour la rendre drôle et accessible à tous. Fabrice Luchini, c'est avant tout un formidable conteur, un griot, un ménestrel. Il rend la culture accessible et réhabilite l'oral dans ce qu'il a de plus noble. Ca change de la com et des discours politiques habituels. Bref, le dimanche soir mon esprit était toujours révolté, mais réconcilié avec certains côtés français.

Alors, quand tout nous semble dégeulasse, le vin et la littérature, y'a que ça de vrai. Avec un bon gros kebab!

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Publié dans Actualité Bin Jamin

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