Et pendant ce temps au Darfour...
Aller, après l'Irak, le Darfour. Alors que les Français ont le nez rivé sur les élections présidentielles, que Sarkozy joue un coup le bon samaritain, un coup le père Fouettard, réalisant des grands écarts électoraux qui impressionnent jusqu'à Chirac, que Ségolène fait l'institutrice de la IIIe république sur TF1, tentant de cornaquer des éléphants de plus en plus déprimés et que Bayrou, gargarisé par les sondages et à cheval sur son tracteur, croit dûr comme fer en son destin, prenons un peu de distance avec la France et arrêtons-nous quelques instants sur un des conflits qui restera comme le plus sanglant de la fin du XXe et du début du XXIe siècle, celui du Darfour:
Le "Darfour", signifiant "patrie des Four", est une région du désert du Sahara, située dans l'Ouest du Soudan. Il se compose de trois provinces, Gharb Darfour, Chamal Darfour et Djanoub Darfour, et couvre une surface de 510 000 km², soit presque la taille de la France. Il est peuplé majoritairement de musulmans. L'Islam aurait été introduit au Darfour aux environs du XIVe siècle par les Toundjour, vraisemblablement d'origine arabe. Jusqu'au XIXe siècle, la région sera dominée par divers royaumes dynastiques. Le sud du Darfour est à cette époque une réserve bien pratique d'ivoire et d'esclaves à destination de l'Egypte, cette dernière dominant le pays de la fin du XIXe jusqu'à la Première Guerre Mondiale. En 1916, le sultan du Darfour, Ali Dinar, s'allie avec l'Empire Ottoman et déclare la guerre à la Grande Bretagne. La rébellion est alors matée, le sultan tué et le pays incorporé au Soudan britannique. A l'indépendance du Soudan en 1956, le Darfour est alors intégré à la République du Soudan. La région sert ensuite de base au parti Oumma, dirigé par Sadiq al-Mahdi.
Aujourd'hui, 5 à 6 millions de personnes vivent au Darfour. La région connaît un très faible niveau de développement. Par exemple, seul un tiers des filles vont à l'école pour moins de 45% des garçons.
Entre 1983 et 2003, un terrible conflit entre le gouvernement soudanais et les rebelles du Sud provoque près de deux millions de morts. Fin 2003, l'opposition au président soudanais Omar el-Béchir se montre de plus en plus virulente. Khartoum, pour se venger, laisse alors des milices arabes, les tristement célèbres "Djandjaouids", dirigées par Choukratalla, ancien officier de l'armée soudanaise, agir sur tout le Darfour. Les populations civiles sont prises à partie et victimes de bandes armées qui violent, tuent et pillent dans l'indifférence du gouvernement de Khartoum et de l'opinion internationale. Début 2006, nous en sommes à plus de 300 000 morts et quelques 2,4 millions de personnes déplacées.
En juillet 2004, à Washington, le Congrès vote à l'unanimité une résolution qualifiant les exactions des Djandjaouids au Soudan de "génocide". Les rebelles, regroupés dans trois principaux mouvements, l'armée de libération du Soudan (ALS), le Mouvement pour la justice et l'égalité et le Mouvement pour la libération du Soudan (MLS), réclament alors une intervention de la communauté internationale.
Justement, la communauté internationale: Les Etats-Unis et la Grande Bretagne s'intéressent à cette région depuis qu'entre 2003 et 2004, le Soudan a doublé sa production pétrolière. Par exemple, Tony Blair s'était déclaré être par principe contre toute intervention militaire au Darfour. Les Etats-Unis eux, ont décrété un embargo sur les ventes d'armes à l'encontre de Khartoum, tandis que les Chinois, qui aiment de plus en plus faire commerce avec les pires régimes africains (Zimbabwe, Ouganda, Ethiopie, Burundi, Congo), intéressés également par le pétrôle soudanais, y vendent des armes à tir-larigot. Un rapport d'Amnesty International accuse par exemple Pékin en août 2005 d'avoir envoyé plus de deux cents camions militaires au Soudan.
Aujourd'hui, malgré la présence de 7000 soldats envoyés par l'Union africaine sur le terrain, les exactions continuent. Il semble en fait que le gouvernement de Khartoum, seulement intéressé par les richesses du Darfour, veuille se débarasser de la population pauvre qui y réside pour pouvoir agir comme bon lui semble. Depuis l'indépendance, le gouvernement central ne s'est en effet jamais préoccupé des habitants de cette région, dépourvus du moindre service de l'Etat, que ce soit de routes, d'écoles ou de dispensaires. Omar el-Béchir a réussi de plus à faire croire aux pays arabes que les rebelles livraient une guerre contre l'Islam et a obtenu de fait leur soutien alors que les Darfouriens sont dans leur immense majorité musulmans. Ainsi ce conflit n'est pas du tout racial, comme ont tendance à le montrer nombre de médias, mais bel et bien, comme la plupart du temps d'ailleurs, économique, les différents gouvernements médiocres s'étant succédés depuis l'indépendance en 1956 ayant toujours cherché à instrumentaliser à leur profit les différents groupes composant le pays.
Et la France dans tout ça? Paris, longtemps soupçonné de complaisance envers le Soudan, est plus ou moins en conflit larvé avec celui-ci en raison de l'aide militaire que la France apporte aux gouvernements du Tchad et de la Centrafrique, en butte aux incursions de forces rebelles basées en territoire soudanais. En "conflit larvé" peut-être, mais ce qui n'a pas empêché notre chère patrie des droits de l'homme d'avoir reçu la semaine dernière à Cannes Omar el-Béchir, François Bozizé et Idriss Déby (Chefs d'Etat respectifs du Soudan, de la Centrafrique et du Tchad) pour qu'ils puissent tranquillement papoter ensemble sous l'égide bienveillante de Chirac. Les trois dictateurs veulent en effet mettre en place des "instances de concertation active entre le Soudan, le Tchad et la Centrafrique". Oui très bien, concertez-vous! Et puis restez bien au pouvoir, saignez vos peuples et accaparez les richesses! Paris veille sur vous! Ce n'est pas notre pays qui irait arrêter des dictateurs africains, pensez-vous?
Ce qui est "amusant" dans tout cela, c'est qu'aux Etats-Unis par exemple, l'opinion publique s'est émue de ce qui se passait au Darfour, sensibilisée notamment par l'acteur Georges Clooney. En France, rien, ou pas grand chose, si ce n'est l'action d'associations et d'ONG. Et oui, l'Afrique, c'est du domaine réservé, pour l'Elysée, pas pour ces "connards" de parlementaires (dixit Villepin) ou pire, pour le menu peuple. C'est du Foccart du XXIe siècle, de la bonne vieille Françafrique qui malgré tous les beaux discours, continue d'imprégner les esprits de nos politiques, diplomates et militaires.
Nos gouvernants en sont encore à l'idéologie des aires d'influence et du "pré-carré" qui a fait notre belle réputation d'enfoirés hypocrites sur le continent noire. Les Etats-Unis, la Grande Bretagne ou la Chine ont peut-être une attitude scandaleuse mais agissent, eux, par purs intérêts économiques, ce qui est dégueulasse mais rationnel. La France, elle, joue encore l'arbitre colonial dans une sorte de nostalgie d'un Empire totalement déchu. Et comme pour le Rwanda, on va s'apercevoir bientôt que non seulement un génocide nous est passé sous le nez, mais qu'en plus nous ne sommes pas tout à fait innocents dans cette affaire.
En voilà un beau sujet pour les Présidentielles, une des guerres les pires de l'histoire de l'humanité qui se déroule dans l'indifférence presque générale de nos médias. Mais que fait François Bayrou? Tout ceci dépasse en effet le clivage gauche-droite, non?
Le "Darfour", signifiant "patrie des Four", est une région du désert du Sahara, située dans l'Ouest du Soudan. Il se compose de trois provinces, Gharb Darfour, Chamal Darfour et Djanoub Darfour, et couvre une surface de 510 000 km², soit presque la taille de la France. Il est peuplé majoritairement de musulmans. L'Islam aurait été introduit au Darfour aux environs du XIVe siècle par les Toundjour, vraisemblablement d'origine arabe. Jusqu'au XIXe siècle, la région sera dominée par divers royaumes dynastiques. Le sud du Darfour est à cette époque une réserve bien pratique d'ivoire et d'esclaves à destination de l'Egypte, cette dernière dominant le pays de la fin du XIXe jusqu'à la Première Guerre Mondiale. En 1916, le sultan du Darfour, Ali Dinar, s'allie avec l'Empire Ottoman et déclare la guerre à la Grande Bretagne. La rébellion est alors matée, le sultan tué et le pays incorporé au Soudan britannique. A l'indépendance du Soudan en 1956, le Darfour est alors intégré à la République du Soudan. La région sert ensuite de base au parti Oumma, dirigé par Sadiq al-Mahdi.Aujourd'hui, 5 à 6 millions de personnes vivent au Darfour. La région connaît un très faible niveau de développement. Par exemple, seul un tiers des filles vont à l'école pour moins de 45% des garçons.
Entre 1983 et 2003, un terrible conflit entre le gouvernement soudanais et les rebelles du Sud provoque près de deux millions de morts. Fin 2003, l'opposition au président soudanais Omar el-Béchir se montre de plus en plus virulente. Khartoum, pour se venger, laisse alors des milices arabes, les tristement célèbres "Djandjaouids", dirigées par Choukratalla, ancien officier de l'armée soudanaise, agir sur tout le Darfour. Les populations civiles sont prises à partie et victimes de bandes armées qui violent, tuent et pillent dans l'indifférence du gouvernement de Khartoum et de l'opinion internationale. Début 2006, nous en sommes à plus de 300 000 morts et quelques 2,4 millions de personnes déplacées. En juillet 2004, à Washington, le Congrès vote à l'unanimité une résolution qualifiant les exactions des Djandjaouids au Soudan de "génocide". Les rebelles, regroupés dans trois principaux mouvements, l'armée de libération du Soudan (ALS), le Mouvement pour la justice et l'égalité et le Mouvement pour la libération du Soudan (MLS), réclament alors une intervention de la communauté internationale.
Justement, la communauté internationale: Les Etats-Unis et la Grande Bretagne s'intéressent à cette région depuis qu'entre 2003 et 2004, le Soudan a doublé sa production pétrolière. Par exemple, Tony Blair s'était déclaré être par principe contre toute intervention militaire au Darfour. Les Etats-Unis eux, ont décrété un embargo sur les ventes d'armes à l'encontre de Khartoum, tandis que les Chinois, qui aiment de plus en plus faire commerce avec les pires régimes africains (Zimbabwe, Ouganda, Ethiopie, Burundi, Congo), intéressés également par le pétrôle soudanais, y vendent des armes à tir-larigot. Un rapport d'Amnesty International accuse par exemple Pékin en août 2005 d'avoir envoyé plus de deux cents camions militaires au Soudan.
Aujourd'hui, malgré la présence de 7000 soldats envoyés par l'Union africaine sur le terrain, les exactions continuent. Il semble en fait que le gouvernement de Khartoum, seulement intéressé par les richesses du Darfour, veuille se débarasser de la population pauvre qui y réside pour pouvoir agir comme bon lui semble. Depuis l'indépendance, le gouvernement central ne s'est en effet jamais préoccupé des habitants de cette région, dépourvus du moindre service de l'Etat, que ce soit de routes, d'écoles ou de dispensaires. Omar el-Béchir a réussi de plus à faire croire aux pays arabes que les rebelles livraient une guerre contre l'Islam et a obtenu de fait leur soutien alors que les Darfouriens sont dans leur immense majorité musulmans. Ainsi ce conflit n'est pas du tout racial, comme ont tendance à le montrer nombre de médias, mais bel et bien, comme la plupart du temps d'ailleurs, économique, les différents gouvernements médiocres s'étant succédés depuis l'indépendance en 1956 ayant toujours cherché à instrumentaliser à leur profit les différents groupes composant le pays.
Et la France dans tout ça? Paris, longtemps soupçonné de complaisance envers le Soudan, est plus ou moins en conflit larvé avec celui-ci en raison de l'aide militaire que la France apporte aux gouvernements du Tchad et de la Centrafrique, en butte aux incursions de forces rebelles basées en territoire soudanais. En "conflit larvé" peut-être, mais ce qui n'a pas empêché notre chère patrie des droits de l'homme d'avoir reçu la semaine dernière à Cannes Omar el-Béchir, François Bozizé et Idriss Déby (Chefs d'Etat respectifs du Soudan, de la Centrafrique et du Tchad) pour qu'ils puissent tranquillement papoter ensemble sous l'égide bienveillante de Chirac. Les trois dictateurs veulent en effet mettre en place des "instances de concertation active entre le Soudan, le Tchad et la Centrafrique". Oui très bien, concertez-vous! Et puis restez bien au pouvoir, saignez vos peuples et accaparez les richesses! Paris veille sur vous! Ce n'est pas notre pays qui irait arrêter des dictateurs africains, pensez-vous?Ce qui est "amusant" dans tout cela, c'est qu'aux Etats-Unis par exemple, l'opinion publique s'est émue de ce qui se passait au Darfour, sensibilisée notamment par l'acteur Georges Clooney. En France, rien, ou pas grand chose, si ce n'est l'action d'associations et d'ONG. Et oui, l'Afrique, c'est du domaine réservé, pour l'Elysée, pas pour ces "connards" de parlementaires (dixit Villepin) ou pire, pour le menu peuple. C'est du Foccart du XXIe siècle, de la bonne vieille Françafrique qui malgré tous les beaux discours, continue d'imprégner les esprits de nos politiques, diplomates et militaires.
Nos gouvernants en sont encore à l'idéologie des aires d'influence et du "pré-carré" qui a fait notre belle réputation d'enfoirés hypocrites sur le continent noire. Les Etats-Unis, la Grande Bretagne ou la Chine ont peut-être une attitude scandaleuse mais agissent, eux, par purs intérêts économiques, ce qui est dégueulasse mais rationnel. La France, elle, joue encore l'arbitre colonial dans une sorte de nostalgie d'un Empire totalement déchu. Et comme pour le Rwanda, on va s'apercevoir bientôt que non seulement un génocide nous est passé sous le nez, mais qu'en plus nous ne sommes pas tout à fait innocents dans cette affaire.En voilà un beau sujet pour les Présidentielles, une des guerres les pires de l'histoire de l'humanité qui se déroule dans l'indifférence presque générale de nos médias. Mais que fait François Bayrou? Tout ceci dépasse en effet le clivage gauche-droite, non?
Publicité