Immigration : associations vs Sarkozy

Publié le par Ben

Un projet de loi sur l’immigration, à l’initiative du ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, doit être débattu à l’Assemblée nationale à partir du 2 mai prochain. De nombreuses associations dénoncent ce texte depuis plusieurs mois. Ainsi un collectif regroupant des centaines d’organisations s’est créé en décembre dernier dans le but de combattre ce projet de loi.

 

De « l’immigration subie » à « l’immigration choisie »

 

Le projet de loi de Nicolas Sarkozy doit modifier substantiellement le code de séjour des étrangers en France et du droit d’asile (Céséda). Le ministre de l’intérieur entend faire passer la France d’une « immigration subie » à une « immigration choisie », c'est-à-dire grosso modo d’une immigration essentiellement basée sur le regroupement familial, telle qu’elle s’opérerait aujourd’hui, à une immigration économique répondant aux besoins de main d’œuvre spécifiques de l’Hexagone.

 

Ce texte durcit les conditions d’entrée et de séjour des étrangers en France. Il crée de nouvelles dispositions comme l'obligation faite au conjoint étranger d'un Français de présenter un visa de long séjour, ou le durcissement des conditions du regroupement familial.

 

Une des mesures les plus controversées est la suppression de la régularisation « automatique » après dix ans de présence sur le territoire français, disposition qui permettait à de nombreux sans papiers, vivant en France illégalement, d’espérer une porte de sortie à leur situation précaire. Une des autres mesures phares du texte concerne la création d’une nouvelle carte « compétences et talents », qui donnera un titre de séjour de trois ans à tout étranger « susceptible de participer au développement de l'économie française ou au rayonnement de la France dans le monde » (article 22 du projet de loi).

 

Un texte perçu comme « utilitariste »

 

Alors que la loi « relative à la maîtrise de l'immigration et au séjour des étrangers en France », datée de novembre 2003, également à l’initiative de Nicolas Sarkozy, n’a même pas encore reçue tous ses décrets d’application, cet énième texte sur l’immigration suscite depuis quelques mois de vives critiques dans le monde associatif. Dans une lettre adressée au ministre le 25 avril, le Conseil d'Eglises chrétiennes en France a par exemple fait part de ses « réelles inquiétudes ».

 

Les organisations de défense des droits de l’homme et des immigrés dénoncent la « philosophie utilitariste » du texte du ministre de l’Intérieur et y perçoivent pour la plupart une visée électoraliste. La phrase lâchée par Nicolas Sarkozy devant quelques 2500 militants UMP, le samedi 22 avril, (« Si certains n'aiment pas la France, qu'ils ne se gênent pas pour la quitter. », reprise d’un slogan lepéniste des années 80) a confirmé leur conviction que le ministre cherche avant tout à récupérer les voix de l’extrême droite. 

 

La création d’un collectif contre une « immigration jetable »

 

Le Collectif Uni(e)s contre une immigration jetable (UCIJ, logo ci-dessus) s’est formé dès décembre dernier, se saisissant avant tout le monde de l’avant projet de loi, pour en fournir une expertise juridique détaillée, grâce à l’apport d’associations spécialisées telles la Ligue des Droits de l’Homme, le GISTI (groupe d’information et de soutien des immigrés), la Cimade (service œcuménique d’entraide), etc. Se réunissant chaque semaine depuis lors, il a organisé plusieurs opérations de sensibilisation du grand public, dont un grand concert place de la République à Paris, le 2 avril dernier, qui avait rassemblé près de 50 000 personnes.

 

Récoltant sur son site Internet de plus en plus de soutiens, l’UCIJ réclame le retrait pur et simple du projet de loi Sarkozy. De nombreux syndicats (CGT, FSU, Sud, etc.), puis des partis politiques de gauche (notamment les Verts, le PCF, la LCR et les Alternatifs) sont venus se greffer sur le collectif, qui regroupait 491 organisations et près de 30 000 signatures le 26 avril.  

 

Lors d’une conférence de presse à la bourse du travail à Paris, mardi 25 avril (photo ci-contre), les membres de l’UCIJ ont réitéré leurs critiques à l’encontre du texte du ministre de l’Intérieur. Pour Catherine Teule, vice-présidente de la Ligue des droits de l’Homme : « loin de lutter contre l'immigration irrégulière, le texte va institutionnaliser la clandestinité des immigrés en France ».

 

Un texte « fédérateur »

 

Alors que Nicolas Sarkozy a proposé au collectif de le rencontrer, celui-ci a également décliné cette invitation durant la conférence de presse, dénonçant « un texte dont la rédaction est déjà bouclée ». Ainsi pour l’UCIJ, « le dialogue est d’ores et déjà clos », invitant le ministre à lire leur analyse du projet et posant comme préalable à toute discussion le retrait du texte.

 

Jean-Pierre Alaux, du GISTI, a souligné lors de la conférence de presse qu’ « il y avait longtemps qu’un projet de loi n’avait pas rassemblé autant d’organisations contre lui ». C’est ici sans doute que réside la plus grande qualité du texte réformant le Céséda, avoir réussi à réunir contre lui autant de personnes et d’organisations différentes. Il permet au passage à la société civile de se saisir d’un débat sur l’immigration, servant trop souvent de fond de commerce électoral à des hommes politiques utilisant les immigrés comme boucs émissaires, responsables de tous les maux de la France (voir Sarkozy, Le Pen, Devilliers et bien d'autres). On attend avec impatience les débats à l’Assemblée nationale.

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Publié dans Actualité Bin Jamin

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La Chine fait son marché en Afrique, l'econimie mondiale malade<br /> <br /> La tournée du président chinois Hu Jintao témoigne de l'appétit grandissant de Pékin pour les matières premières et le commerce du continent africain.<br /> Pétrole, matières premières et commerce. Telles sont, dans cet ordre, les priorités du président chinois Hu Jintao, qui effectue depuis lundi une tournée en Afrique, la seconde en l'espace de deux ans. Après avoir visité le Maroc, Hu se trouvait hier au Nigeria, et doit achever sa visite par le Kenya le 29 avril. <br /> La Chine, dont les réserves en devises ont dépassé celles du Japon grâce à son formidable essor économique, est en quête d'investissements rentables et de matières premières pour ses industries. Mais la soif en pétrole du géant chinois ­ et la volonté de diversifier ses fournisseurs en hydrocarbures ­ est la raison primordiale de son offensive diplomatique sur l'Afrique. Celle-ci avait été lancée en 2004, lors de la première tournée de Hu Jintao en Egypte, au Gabon et en Algérie, véritable tête de pont chinoise au Maghreb.<br /> Depuis trois ans, la Chine est devenue le deuxième consommateur de produits pétroliers dans le monde, après les Etats-Unis, avec une demande totale de 5,56 millions de barils par jours. D'ici 2025, selon les projections américaines, la consommation chinoise en hydrocarbures devrait doubler. Ce besoin en pétrole a poussé la République populaire à s'intéresser particulièrement au Soudan, à l'Angola, au Nigeria, à la Guinée équatoriale, à Sao Tomé-et-Principe, au Congo-Brazzaville, à la Libye et au Gabon. Pékin est désormais le troisième acheteur du pétrole gabonais, derrière les Etats-Unis et la France. Il absorbe un quart du pétrole angolais ­ et se retrouve ainsi en concurrence directe avec les Etats-Unis, qui accaparent la moitié de la production de l'Angola.<br /> L'Afrique, terrain réservé jusqu'alors des grandes compagnies pétrolières occidentales, doit compter avec le géant asiatique. En octobre 2004, la Chine a obtenu, en échange d'aides financières, le droit d'acquérir une participation de 50 % dans un gisement angolais exploité auparavant par le pétrolier Shell.<br /> Le régime chinois, peu respectueux chez lui des droits de l'homme, applique, dans ses relations extérieures, le principe de la «non-ingérence». Une approche sans scrupule qui lui confère, en Afrique, un avantage certain à l'endroit de pays en délicatesse avec les institutions internationales. Le Soudan, menacé de représailles économiques par la communauté internationale du fait de son soutien aux milices jendjawids arabes qui ravagent le Darfour, représenterait à lui seul environ 8 % des importations pétrolières de la Chine. La China National Petroleum Company y a construit un oléoduc de 1 300 kilomètres de long, qui constitue le plus gros investissement chinois à l'étranger.<br /> L'appui apporté par Pékin à Khartoum n'est pas sans incidence géopolitique. Membre du Conseil de sécurité de l'ONU, la Chine a menacé d'user de son droit de veto pour empêcher l'adoption de sanctions contre le Soudan, pour finalement s'abstenir au moment du vote, mardi. Elle maintient aussi d'excellentes relations avec le régime de Mugabe au Zimbabwe.<br /> La stratégie diplomatique chinoise se traduit, assez logiquement pour ce continent, par une coopération militaire fortement accrue depuis le milieu des années 90. Pékin a, par exemple, conclu un accord militaire avec le Congo-Brazzaville, alors que ses instructeurs ont formé des militaires angolais. Il a vendu du matériel militaire, entre autres, à l'Angola, au Centrafrique, au Burkina Faso, au Tchad, au Liberia (où des casques bleus chinois ont fait leur première apparition en Afrique), au Sénégal et au Congo-Kinshasa du temps de Kabila père.<br /> Pékin est aussi un acquéreur boulimique de minerais et autres matières premières. Plus de 60 % de la production forestière du Gabon est exportée en Asie, principalement vers la Chine.<br /> Côté commercial, des sociétés chinoises gagnent désormais des marchés dans l'ancien pré carré français. La compagnie de télécom Zhongxing Telecom, qui multiplie les implantations en Afrique, a récemment rénové le réseau téléphonique à Djibouti.<br /> En 2004, les exportations de Pékin vers l'Afrique ont augmenté de 36 % (13,8 milliards de dollars) et les importations de 81 % (15,6 milliards de dollars). Comme les chiffres l'indiquent, la coopération offerte par la Chine, qui ne s'érige pas en «donneur de leçons», est appréciée par beaucoup de pays. Pékin offre en effet son savoir-faire, sa main-d'oeuvre, des prêts à taux réduits et des avantages financiers pour construire des infrastructures chez ses fournisseurs. Elle est omniprésente dans le BTP en Algérie, où elle réalise des milliers de logements et de grands travaux d'infrastructure.
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La Chine fait son marché en Afrique, l'econimie mondiale malade<br /> <br /> La tournée du président chinois Hu Jintao témoigne de l'appétit grandissant de Pékin pour les matières premières et le commerce du continent africain.<br /> Pétrole, matières premières et commerce. Telles sont, dans cet ordre, les priorités du président chinois Hu Jintao, qui effectue depuis lundi une tournée en Afrique, la seconde en l'espace de deux ans. Après avoir visité le Maroc, Hu se trouvait hier au Nigeria, et doit achever sa visite par le Kenya le 29 avril. <br /> La Chine, dont les réserves en devises ont dépassé celles du Japon grâce à son formidable essor économique, est en quête d'investissements rentables et de matières premières pour ses industries. Mais la soif en pétrole du géant chinois ­ et la volonté de diversifier ses fournisseurs en hydrocarbures ­ est la raison primordiale de son offensive diplomatique sur l'Afrique. Celle-ci avait été lancée en 2004, lors de la première tournée de Hu Jintao en Egypte, au Gabon et en Algérie, véritable tête de pont chinoise au Maghreb.<br /> Depuis trois ans, la Chine est devenue le deuxième consommateur de produits pétroliers dans le monde, après les Etats-Unis, avec une demande totale de 5,56 millions de barils par jours. D'ici 2025, selon les projections américaines, la consommation chinoise en hydrocarbures devrait doubler. Ce besoin en pétrole a poussé la République populaire à s'intéresser particulièrement au Soudan, à l'Angola, au Nigeria, à la Guinée équatoriale, à Sao Tomé-et-Principe, au Congo-Brazzaville, à la Libye et au Gabon. Pékin est désormais le troisième acheteur du pétrole gabonais, derrière les Etats-Unis et la France. Il absorbe un quart du pétrole angolais ­ et se retrouve ainsi en concurrence directe avec les Etats-Unis, qui accaparent la moitié de la production de l'Angola.<br /> L'Afrique, terrain réservé jusqu'alors des grandes compagnies pétrolières occidentales, doit compter avec le géant asiatique. En octobre 2004, la Chine a obtenu, en échange d'aides financières, le droit d'acquérir une participation de 50 % dans un gisement angolais exploité auparavant par le pétrolier Shell.<br /> Le régime chinois, peu respectueux chez lui des droits de l'homme, applique, dans ses relations extérieures, le principe de la «non-ingérence». Une approche sans scrupule qui lui confère, en Afrique, un avantage certain à l'endroit de pays en délicatesse avec les institutions internationales. Le Soudan, menacé de représailles économiques par la communauté internationale du fait de son soutien aux milices jendjawids arabes qui ravagent le Darfour, représenterait à lui seul environ 8 % des importations pétrolières de la Chine. La China National Petroleum Company y a construit un oléoduc de 1 300 kilomètres de long, qui constitue le plus gros investissement chinois à l'étranger.<br /> L'appui apporté par Pékin à Khartoum n'est pas sans incidence géopolitique. Membre du Conseil de sécurité de l'ONU, la Chine a menacé d'user de son droit de veto pour empêcher l'adoption de sanctions contre le Soudan, pour finalement s'abstenir au moment du vote, mardi. Elle maintient aussi d'excellentes relations avec le régime de Mugabe au Zimbabwe.<br /> La stratégie diplomatique chinoise se traduit, assez logiquement pour ce continent, par une coopération militaire fortement accrue depuis le milieu des années 90. Pékin a, par exemple, conclu un accord militaire avec le Congo-Brazzaville, alors que ses instructeurs ont formé des militaires angolais. Il a vendu du matériel militaire, entre autres, à l'Angola, au Centrafrique, au Burkina Faso, au Tchad, au Liberia (où des casques bleus chinois ont fait leur première apparition en Afrique), au Sénégal et au Congo-Kinshasa du temps de Kabila père.<br /> Pékin est aussi un acquéreur boulimique de minerais et autres matières premières. Plus de 60 % de la production forestière du Gabon est exportée en Asie, principalement vers la Chine.<br /> Côté commercial, des sociétés chinoises gagnent désormais des marchés dans l'ancien pré carré français. La compagnie de télécom Zhongxing Telecom, qui multiplie les implantations en Afrique, a récemment rénové le réseau téléphonique à Djibouti.<br /> En 2004, les exportations de Pékin vers l'Afrique ont augmenté de 36 % (13,8 milliards de dollars) et les importations de 81 % (15,6 milliards de dollars). Comme les chiffres l'indiquent, la coopération offerte par la Chine, qui ne s'érige pas en «donneur de leçons», est appréciée par beaucoup de pays. Pékin offre en effet son savoir-faire, sa main-d'oeuvre, des prêts à taux réduits et des avantages financiers pour construire des infrastructures chez ses fournisseurs. Elle est omniprésente dans le BTP en Algérie, où elle réalise des milliers de logements et de grands travaux d'infrastructure.
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