L’eau, ressource globale, ressource locale, enjeu vital
« L’eau peut agir sans poisson, mais le poisson ne peut agir sans eau »
Lao Tseu
L'eau est un élément fondamental, indispensable à la vie. Nous sommes tous composés à majorité d’eau. Sans elle, pas de vie sur terre. Malheureusement, dans certaines parties de la planète, elle est une denrée très rare et difficile d'accès. Polluée par les activités humaines, pillée par des multinationales, première victime du réchauffement climatique, l’eau est le meilleur baromètre pour constater l’état de santé de notre planète. Et l’eau est en danger !
Enjeu global
Synonyme de vie, l’ « Or bleue » est également vecteur de mort et de maladies : d’après un rapport de l’OMS (Organisation mondiale de la santé) du 26 juin 2008, les problèmes d’eau, d’assainissement et d’hygiène, sont responsables de 9,1 % des maladies enregistrées chaque année dans le monde. Les enfants en sont les premières victimes, puisque l’eau est en cause dans 22 % des maladies des moins de 14 ans.
Mme Annette Prüss-Ustün, une des auteurs du rapport, a souligné lors d’une conférence de presse à Genève que : « Dans les 35 pays les plus touchés, plus de 15 % des maladies pourraient durablement être évitées en améliorant l’eau, l’assainissement et l’hygiène ».
Il existe en matière d’eau une forte inégalité entre pays riches et pays pauvres : si l’eau est à l’origine de moins de 1 % de la mortalité dans les pays développés, cette proportion atteint 10 % dans les pays en développement. L’eau est mise en cause dans des maladies comme le paludisme, la dengue ou les diarrhées. L’eau souillée est à l’origine d’un dixième des maladies et de 6 % des décès dans le monde.
Si l’accès à l’eau potable se généralisait, toujours d’après le rapport de l’OMS, à l’échelle de la planète, 9,1 % des journées de travail perdues pour cause de maladie pourraient être évitées.
Mais un grand nombre des pays en voie de développement n'ont pas les moyens de la dépollution, de même que ceux de lutter contre les multinationales qui s’approprient à des fins mercantiles les ressources en eau de certains pays.
En Inde par exemple, à Plachimada, dans l'Etat du Kerala, au sud du Sous continent, Coca Cola avait installé une usine pour produire ses bouteilles à partir de mars 2000. La société pillait sans vergogne les nappes phréatiques, jusqu’à 500 000 litres d’eau par jour. Après un combat acharné des paysans, aidés par des militants altermondialistes, dont la fameuse physicienne écologiste indienne Vandana Shiva, les opposants à Coca Cola gagnèrent une première bataille devant la Cour suprême du Kérala, avant de perdre le deuxième round. Aujourd’hui le combat continue.
Nombre d’endroits à travers la planète, bien souvent au sud, connaissent ce type de batailles. Ben S’mim, village du Maroc, dont les habitants luttent contre l’Euro-africaine des eaux qui cherche à privatiser la source du village ; Léré, village du nord-ouest du Mali, dont les villageois protestaient contre un projet de privatisation du réseau d'eau potable jusqu’à ce que les forces de l'ordre tirent à balle réelle sur les manifestants, faisant un mort et plusieurs blessés, tout récemment ; en Chine, où les multinationales de l’eau commencent à lorgner sur un « marché » gigantesque et encore peu développé, ce qui entraîne d’ores et déjà des annonces d’augmentation du prix de l’eau, etc.
Les simples individus sont bien souvent seuls et désarmés face à des groupes puissants à la force de frappe financière supérieure à celle de leur propre état. Leur incroyable détermination permet pourtant de gagner quelques batailles ponctuelles. Mais la vigilance permanente est de rigueur. C’est toujours «David contre Goliath».
Dans de nombreuses régions du monde, l'eau est également source de conflits géopolitiques plus ou moins larvés : bataille pour le partage des eaux du Jourdain entre Israël et ses voisins ; bataille autour du plateau du Tibet sur lequel prennent leur source le Brahmapoutre, le Mékong, l’Indus, le Fleuve Jaune et le Yangtze, parmi les plus grands fleuves du monde (on comprend mieux pourquoi la Chine ne tient pas vraiment à l’indépendance du Tibet) ; bataille pour la répartition des eaux du Nil, pomme de discorde entre l’Egypte et l’Ethiopie, etc.
Si l’on n’y prend pas garde, après l’or des Amériques du 16ième au 19ième siècle, ou encore le pétrole au 20ième siècle, l’eau pourrait devenir le facteur déterminant de guerres terribles au 21ième siècle.
Enjeu local
En France maintenant : comme dans le reste de l’Europe, l'eau y devient de plus en plus chère. Au sein de la facture Eau et Assainissement, l'eau potable représente près de 50 %. Le coût de ce bien de consommation pas comme les autres, parce qu’absolument indispensable, pèse donc de plus en plus lourdement sur les budgets des ménages et des collectivités territoriales.
La facture d'eau et d'assainissement représente en moyenne 400 euros par ménage et par an (facture moyenne de 120 m3 pour une famille de 4 personnes). La partie eau potable représente environ 190 de ces 400 euros.
L’eau un besoin essentiel, dont on ne peut se passer et dont l’achat ne peut être reporté à plus tard pour cause de difficultés passagères. Elle constitue une dépense parfaitement captive : l'usager ne peut choisir son fournisseur et faire jouer la concurrence. Cette dépense est totalement contrainte. On ne peut ainsi absolument pas faire l’économie d’une interrogation complète sur le meilleur mode de gestion possible de l’eau.
En l’Ile-de-France, l'eau potable est gérée par plusieurs syndicats : le Sedif, Eau de Paris, le syndicat de la presqu’île de Gennevilliers, le syndicat des eaux de Versailles et Saint-Cloud, la communauté d’agglomération de Cergy-Pontoise, etc.
Le Sedif - Syndicat des Eaux d’Ile-de-France - mutualise la production et la distribution de l’eau pour une bonne partie de la région parisienne depuis 1923. Cet établissement public de coopération intercommunale gère le service public de l’eau potable pour le compte de 144 communes, soit quatre millions de personnes dans sept départements.
Depuis 1962, le Sedif est lié par contrat à Veolia (leader mondial en environnement, multinationale vorace oeuvrant sur les cinq continents, plus de 300 000 salariés dans 67 pays, au chiffre d’affaires de plus de 26 milliards d’euros en septembre 2008). Or ce contrat arrive à échéance le 31 décembre 2010.
Les 144 communes sont ainsi invitées à se prononcer, par l'intermédiaire de leurs délégués siégeant au Sedif, le 11 décembre 2008, sur le futur mode de gestion de l’eau devant entrer en vigueur au 1er janvier 2011. Il semble logique qu’elles le fassent en toute connaissance de cause et dans l’intérêt général.
Or, depuis plusieurs années, nombre d’études (Cour des Comptes, Haut Conseil au Service Public, Conseil de la concurrence, Chambre régionale des comptes, UFC-Que-Choisir, etc.) se sont penchées sur la gestion de l'eau, en comparant gestion publique et gestion privée dans différentes villes. D’après ces études, il convient d’envisager la question sous trois angles :
-Celui de la gestion déléguée
-Celui du prix de l'eau
-Celui de la concurrence dans le cas d'un renouvellement de délégation
Sur la gestion déléguée, l'étude d'UFC Que-Choisir réalisée en 2008 par exemple, estime qu'une économie minimum de 80 à 90 millions d’euros sur les 300 millions de budget attribué au délégataire Veolia, est possible. Cette économie pourrait même atteindre 150 millions d'euros, soit 50 %.
Sur le prix de l'eau, toutes les études réalisées arrivent à la conclusion que la gestion privée entraîne un surcoût significatif pour l’usager. Dans le cas du Sedif, la Cour des Comptes a évalué ce surcoût à 31 % et l’UFC Que Choisir a estimé le "sur-profit" annuel de l’ordre de 80 à 90 millions d’euros, soit une économie potentielle de 27 à 30 %.
Sur la question de la concurrence dans le cas d'un renouvellement de délégation, dans un rapport publié en 1999, le Haut conseil au service public constate que seuls 5 % des contrats ne sont pas reconduits avec le délégataire antérieur, se demandant ainsi s’il n’existe pas un « monopole de fait », le facteur concurrentiel n’ayant alors aucun impact pour baisser les prix.
Tous les rapports montrent que la délégation de la gestion de l’eau à une entreprise privée est une très bonne affaire pour cette dernière et une facture toujours plus élevée pour les usagers. André Santini, actuel président du SEDIF, prône pourtant le renouvellement de la régie intéressée rénovée, soit la continuation de la délégation à Véolia.
A Paris, siège des deux plus grands opérateurs privés du secteur de l’eau, la gestion de celle-ci est pourtant en passe de revenir sous contrôle public.
Un nouvel opérateur public y verra le jour en 2009, qui reprendra les missions aujourd’hui dévolues à la Compagnie des eaux de Paris (Veolia Environnement) et à Eau et Force, (filiale de Suez-Lyonnaise des eaux), conformément à l’engagement contracté avant sa réélection par Bertrand Delanoë, réélu maire de Paris en mars 2008.
Au vu de tout cela,
Sachant que l'eau n'est pas un bien comme les autres, mais un besoin essentiel et qui constitue une dépense captive,
Sachant par ailleurs que d'importants bénéfices et plus-values sont réalisés par Véolia au détriment des populations des 144 communes relevant du SEDIF,
Sachant que ce dernier est propriétaire de toutes les installations de production et de distribution (usines, réservoirs, canalisations...) et a donc, depuis 85 années d'existence, les compétences requises pour être gestionnaire de la production et de la distribution de l'eau potable,
Sachant que de nombreuses villes et collectivités, telle Paris, ont prouvé la pertinence et l'efficacité d'une gestion en régie publique tant du point de vue de la maîtrise et de la qualité du service que de la baisse du prix de l'eau,
Sachant que tous les rapports et études réalisés depuis 10 ans concluent à une baisse du prix de l'eau plus importante dans l'hypothèse d'un retour en régie,
Ayant par ailleurs comme objectifs :
-la réduction significative du prix de l'eau,
-la recherche de l’excellence environnementale dans une logique de développement durable,
-le droit de regard des usagers, des salariés et des élus de ce secteur sur des décisions et une gestion plus transparente,
-la volonté de réduire les inégalités des populations et des territoires dans l’accès à l’eau,
Les villes au sein du Sedif ne peuvent pas accepter la continuation de la délégation de la gestion de l’eau à Véolia. Il faut que le 11 décembre une majorité de délégués disent non à André Santini et réclament une gestion de l'eau en régie.
L’UFC Que Choisir a démontré par ailleurs que le prix de l’eau en région parisienne est le double de ce qu’il devrait être. C’est la plus chère de France, autour de 3 € le mètre3, alors qu’elle serait autour de 2 € si sa gestion n’était pas déléguée à Veolia. De plus, cette dernière réalise dans le secteur 90 millions d’€/an de bénéfices indus.
L’eau n’est pas une marchandise ! Elle n’a pas à rapporter de l’argent à des actionnaires mais à être accessible à tous, au même titre que l’air que nous respirons.
Alors battons-nous, du local au global, pour une eau bon marché, gérée dans l'intérêt général et dans la plus totale transparence.